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Conclusion
Au terme de ce rapide survol force est de constater d’une part l’existence de routes dans les contrées les plus variées ; y compris où les ressources et les conditions climatiques rendent leur présence surprenante (une île de l’archipel des Kerguelen, Grœnland... ) et, d’autre part, l’évolution considérable depuis la haute Antiquité de cet objet invariablement appelé route. Pour franchir rapidement par tout temps les brèches, le pont est une très ancienne invention qui supplante le gué et le bac. Tous ces équipements exigent des investissements à long terme, accessibles seulement à de puissantes collectivités. C’est pourquoi leur construction et leur entretien sont souvent corrélés à la santé financière des États. Inversement ils sont un instrument de pouvoir et conditionnent l’économie : l’absence de routes conduit à l’autosuffisance locale, leur présence permet la division du travail.
L’histoire met en évidence d’autres invariants. Un réseau routier est fragile : un défaut d’entretien suffisant le rend rapidement inutilisable, il est oublié et, finalement, disparaît. Les ponts sont détruits pendant les guerres et doivent être reconstruits après la fin des hostilités. Les tracés ont une forte permanence dans la durée. Ce n’est que récemment (au XIX ème s. pour les chemins de fer et dans la seconde moitié du XX ème s. pour les autoroutes et les voies ferrées pour trains rapides) que des itinéraires originaux ont pu être ouverts.
Ceci a été rendu possible par l’évolution considérable des techniques de construction des ponts et des chaussées au cours de leur longue histoire : matériaux employés, outillages, méthodes, concepts... (les moyens sont actuellement tels que pour les mines et le génie civil il est annuellement déplacé une plus grande quantité de roches que par l’érosion). Les réglementations sont, elles aussi, très variables dans le temps (par exemple pour limiter les charges maximales des véhicules) et très diverses selon les lieux (par exemple les vitesses maximales autorisées sur les autoroutes). Les concurrents de la route (voies d’eau, puis ferroviaires et, enfin, aériennes) évoluent eux aussi. La complémentarité, vieux thème de discours, reste une perspective. En effet l’activité de transport est un ensemble complexe et évolutif (il est donc vain de chercher un équilibre). Les objectifs visés sont variés et parfois non explicités. Prenons par exemple la vitesse de déplacement très prisée de nos jours. Si le trajet Paris-Genève durait cent quatre-vingts heures en 1800, l’amélioration des routes l’amène à soixante heures en 1830 ; l’automobile et des autoroutes le portent à cinq heures en 1980. Mais ce système n’est pas le plus performant de ce point de vue : avec le train à grande vitesse le voyage dure trois heures et demie. D’autre part il ne faut pas oublier que nous avons rencontré des cas où la construction rapide de réseaux de communication a conduit certains États à un endettement qui a mené à la perte de leur indépendance. Si la densité et la qualité d’un réseau routier sont corrélées à l’état de développement d’une nation au point qu’elles sont parfois utilisées comme critères, on ne doit pas être surpris de leurs développements inégaux qui sont des résultats de processus historiques.
Un point qui n’a pas été abordé est celui de la disparition des routes. Le réseau routier mondial est dix fois plus dense que celui des chemins de fer et prédomine au point que ce concurrent est inexistant dans certains pays à évolution économique modeste. Cependant ce mode de transport est entièrement dépendant d’une ressource non renouvelable : le pétrole. Ne peut-il pas arriver à la route ce qu’il s’est produit pour des équipements de transport pour lesquels des sociétés avancées avaient beaucoup investi : les paquebots et les canaux ? Le poids des investissements et les avantages économiques de la route l’emporteront-ils toujours devant les protestations contre les atteintes à l’environnement que sa construction et son usage engendrent ? Une forme d’intégrisme ne la trouvera-t-elle pas contraire à une quelconque charria ? Plus positivement ne sera-t-il jamais inventé un système meilleur ?