Les guerres de la période précédente
ont vidé les caisses. Même le Royaume Uni,
dont l'industrialisation est très avancée,
est couvert de dettes en raison de la "cavalerie
de Saint Georges", c'est à dire l'or versé
aux ennemis continentaux de Napoléon I er. En
Europe, au sens où l'entend Klemens Wenzel Lothar
prince de Metternich-Winneburg (1773 - 1859) "l'Asie
commence à la Landstrasse (sortie est de Vienne)" ;
là où des routes existent, elles sont
dans un état abominable.
8.1 - Les ponts
En France, au début de
cette période, sont achevés les ponts
suivants : 1819 Bordeaux et Sèvres ; 1824 Souillac
; 1825 Agen, Coesmont, Moissac et Montrejean ; 1826
Pensaguel ; 1827 Aiguillon, La Roche-de-Glun, Petit-Vey
; 1829 Laval... Un pont suspendu à des chaînes
en barres articulées de cent-trente-sept mètres
de portée est construit en 1820 à Berwick
en Angleterre. Les ponts de ce type peuvent avoir
des portées nettement plus grandes que celles
des constructions en pierres ou en charpente de bois,
partant, ils sont moins coûteux, d'où
leur développement rapide.
Suite au voyage
d'étude de Claude-Louis-Marie-Henri Navier
(1785 - 1836) au Royaume Uni en 1822, le neveu des
frères de Montgolfier Marc Seguin (1786 - 1875)
construit en 1825, grâce aux progrès
de la métallurgie des aciers au creuset, un
pont suspendu à des câbles sur le Rhône
entre Tain et Tournon (deux travées de quatre-vingt-cinq
mètres). Cette technologie est utilisée
pour de nombreux ponts ; cent trente de 1831 à
1846 sur les routes royales (nationales) et départementales
françaises (contre vingt importants en maçonnerie
ou charpente) ; notamment ceux de la Grève
(actuellement d'Arcole, 1828) et Saint-Louis (1836)
à Paris, sur le défilé de la
Durance à Mirabeau (1847) ainsi que celui de
Fribourg (deux cents mètres de portée,
1837)... En 1850 celui de la Basse-Chaîne sur
la Maine en Angers mis en mouvement par le vent, entre
en résonance du fait des déplacements
de soldats d'un bataillon qui s'opposent aux balancements
du tablier, il s'effondre et il y a deux cent vingt-six
morts. Les constructions de voies ferrées (cf.infra)
nécessitent de nombreux ponts et suscitent
des innovations. En 1845 est construit un pont en
fer laminé. De 1846 à 1850 le fils Robert
(1803 - 1859) de George Stephenson édifie
un pont métallique à poutre tubulaire
dont les deux travées centrales sont chacune
de cent quarante mètres : le pont Britannia
sur le détroit de Menai qui sépare l'île
d'Anglesey du Pays de Galles.
À partir
de 1855 l'acier est produit en masse par le convertisseur
de Sir Henry Bessemer (1813 - 1898) (une tonne en
1858 et dix tonnes quelques années après)
puis, à partir de 1864, par les fours à
briques siliceuses de Émile Martin (1794 -
1871) et de son fils Pierre (1824 - 1915) (vingt puis
soixante tonnes à la fois) et, enfin, à
partir de 1878, les fours à briques de dolomie
des cousins Sidney Gilchrist Thomas (1850 - 1885)
et Percy Carlyle Gilchrist (1851 - 1935) qui permettent
de traiter les minerais phosphoreux. C'est pour ces
raisons que la production de fonte au Royaume Uni
passe de un million quatre cent mille tonnes en 1840
à trois millions neuf cent mille tonnes en
1860 et près de huit millions en 1880. L'abaissement
des coûts qui en résulte fait que ce
matériau est utilisé pour des piles
de ponts. Alfred Krupp (1812 - 1887) fait de son entreprise
familiale l'une des aciéries les plus puissantes
du monde. Elle produit notamment les canons en acier
qui permettent à la Prusse de remporter la
victoire de Sadowa (1866). Cependant le pont Maria
Pia (un arc de cent soixante mètres d'ouverture
à Porto, 1878), le viaduc de Garabit (1882
- 1889) et la Tour (1887 - 1889) de Gustave Eiffel
(1832 -1923) sont construits en fer puddlé.
L'acier à prix abordable permet de construire
de nombreux ponts, par exemple aux États Unis
d'Amérique le pont de Saint-Louis sur le Mississippi
(1874), le pont de Brooklyn à New York (cinq
cents mètres, 1887), le Tower Bridge de Londres (1886 - 1894) et, en Écosse, sur
le Firth of Forth un pont à deux travées
de cinq cent vingt mètres (1890) qui nécessite
cinquante mille tonnes de métal. L'acier permet
aussi la construction de ponts mobiles. En 1871 Leroyer
édifie, à l'entrée du port de
Saint-Malo, une plate-forme qui roule sur des rails
immergés par douze mètres de fond et
tirée par une machine à vapeur fixe.
De Palacio construit en 1893 le pont transbordeur
de l'avant port de Bilbao de cent soixante-quatre
mètres de portée et quarante mètres
de tirant d'air. Des ponts analogues sont construits
: du Martrou sur la Charente (1897), Bizerte, Rouen,
Nantes, Marseille... Il est aussi construit des ponts
levants, basculants, tournants ou roulants. Les ouvrages
métalliques sont en général assemblés
par des rivets dont le poids peut atteindre vingt
pour cent de celui du métal employé.
En 1895 Henry Le Chatelier (1850 - 1936) met au point
le chalumeau oxyacétylénique pour la
soudure autogène de l'acier. En 1901 la soudure
permet un allégement des structures et une
simplification des formes avantageuse pour les peintures
anticorrosion.
C'est aussi de cette époque
que date un autre matériau qui est utilisé
notamment pour la construction des ponts. Louis-Joseph
Vicat (1786 - 1861), chargé en 1812 de l'édification
du pont de Souillac sur la Dordogne, cherche à
obtenir, pour les fondations, une pouzzolane artificielle.
En 1818 il obtient une chaux hydraulique et l'utilise.
Il poursuit ses recherches jusqu'à 1846 et
définit les règles de fabrication des
ciments. L'étude de leur prise est le sujet
de la thèse de doctorat (1887) de Le Chatelier
où il montre aussi l'intérêt des
ciments alumineux. Mais avant que ces réactions
chimiques soient connues le ciment permet de réaliser
du béton, une "roche artificielle"
moulable. Pour pallier sa faible résistance
à la traction Joseph Lambot invente le béton
armé en 1848 4 pour construire une barque utilisée sur le
Lac du Bourget ; Joseph Monier (1823 - 1906) redécouvre
ce procédé pour construire, en 1869,
des bacs à plantes de l'Orangerie de Versailles.
En 1867 Jean-François Coignet (1814 -1888)
invente la préfabrication et construit, à
Paris, un immeuble avec ce matériau. En 1898
Charles Rabut (1852 - 1925) et, en 1899, François-Benjamin-Joseph
Hennebique (1842 - 1921) l'utilisent pour des ponts.
Hennebique construit le pont Camille Dehogues à
Châtellerault et celui du Risorgimento à
Rome (cent mètres d'ouverture).
8.2 - Les chaussées
En 1824 la numérotation
des routes royales est revue, il y en a quatorze mille
kilomètres en bon état, autant à
réparer et trois mille kilomètres sont
à terminer. La plupart sont radiales et centrées
sur Paris, elles relient la capitale aux ports maritimes
et aux plus grandes villes. Ce réseau est progressivement
amélioré, notamment par la réduction
des pentes trop importantes, la substitution de ponceaux
aux cassis et par l'achèvement de liaisons
transversales ; par exemple de Lyon à Bordeaux
par la Corrèze, d'Agde à Toulouse, de
Albi en Espagne... Au Royaume Uni John London Mac
Adam (1758 - 1836) met au point la construction
en pierres concassées bloquées par passage
du rouleau compresseur. À l'issue de sa mission
(cf. supra) Navier rapporte
cette technique en France et Antoine-Rémi Polonceau
(1778 - 1847) la fait utiliser : le verbe français
macadamiser date de 18285 . En 1833 vingt-quatre mille kilomètres sont
à l'entretien, six mille à réparer
et il y a près de cinq mille kilomètres
de lacunes. En 1834 le nombre de relais de poste est
supérieur à quinze cents. Une loi de
1837 attribue soixante millions de francs pour des
améliorations : suppressions de lacunes
et réductions de pentes de rampes (par exemple
de huit et demi à cinq pour cent pour la côte
de Montry entre Paris et Vitry-le-François).
En 1845 les crédits pour ces deux sortes de
travaux sont respectivement de trente-six et quarante
et un millions de francs. Des routes stratégiques
sont construites dans les départements de l'Ouest
et la route qui sera appelée "voie Napoléon"
en 1913 est achevée en 1845.
À partir de 1835 des panneaux
indicateurs de direction sont placés à
deux mètres et demi de haut aux intersections
en rase campagne. En 1845 a lieu le premier recensement
général de la circulation sur les routes
nationales. Il sera repris périodiquement depuis.
En 1845 aussi le poids maximum des voitures et la
largeur minimale des bandages sont réglementés.
Mais l'amélioration de la qualité des
chaussées fait que les coûts de transport
sont abaissés et, en 1851, la liberté
de roulage est rétablie. De 1860 à la
fin du siècle le nombre des arbres d'alignement
passe de un million six cent mille à près
de trois millions.
Sous Napoléon III (1808
- 1873) est construite la route thermale des Pyrénées
et près de quatre cents kilomètres de
routes nouvelles en Corse. La route qui franchit le
col du Lautaret est achevée en 1862 et celle
du Somport en 1863.
Du fait de la concurrence des
chemins de fer (cf. infra )
le trafic routier diminue, des relais de poste ferment
et, après la guerre avec l'Allemagne (1870
et 1871), il n'y a plus de grand programme d'investissement
routier.
Les routes départementales
financées par les Conseils généraux
sont développées pour assurer un maillage
convenable du réseau. Leur longueur est de
quarante-huit mille kilomètres en 1871, à
cette dernière date trente millions de francs
sont dépensés pour leur entretien. Elles
sont construites avec de bonnes caractéristiques
techniques.
Après
la catastrophe de Bouzey6 un projet de remise des routes nationales aux départements
est voté par la Chambre des Députés
mais refusé par le Sénat.
Les tracés de nombreux
chemins vicinaux (de vicus : bourgade)
existent depuis l'époque gallo-romaine. Plus
ou moins entretenues par les autorités locales
(civiles ou religieuses) ces voies sont, au début
du XIX ème s., en général
en très mauvais état. En 1824 une loi
laisse aux communes le choix entre l'impôt ou
les prestations en nature pour leur entretien. En
1836 une loi distingue les chemins vicinaux de grande
communication placés sous l'autorité
des préfets et les chemins vicinaux ordinaires
à la charge des conseils municipaux. Ceux-ci
sont autorisés à recourir aux prestations
en nature (au maximum trois jours par an). En cas
de carence le préfet peut imposer les travaux.
Une loi de 1868 fixe à cent millions de francs
la dépense pour les dix ans à venir.
En fait à la fin du Second Empire il y en a
trois cent mille kilomètres et toutes les localités
sont désenclavées. Dans des régions
en rapide expansion économique comme le Nord
et l'Est les villes s'étirent le long des routes.
Ce réseau routier se développe
alors qu'est apparu un concurrent : le chemin de fer
dont les réseaux sont créés simultanément
dans les États les plus industrialisés.
Dans d'autres régions les voies ferrées
précèdent les grandes routes. Il est
donc nécessaire, à ce point, de résumer
les grands traits de l'apparition de ce nouveau rival
de la route.
8.3 Apparition d'un nouveau concurrent
de la route
L'essentiel des innovations qui
permettent le chemin de fer datent des périodes
précédentes (cf. supra ). En 1823 George Stephenson et son fils Robert
(1803 - 1859) fondent à Newcastle la première
usine de construction de locomotives. Elles peuvent
tracter quatre-vingts tonnes à vingt-quatre
kilomètres par heure. Le premier train pour
du charbon et des voyageurs circule en 1825 sur la
ligne à rails en fer de soixante kilomètres
de Stockton à Darlington dans le nord-est de
l'Angleterre. Ce moyen de transport se développe
rapidement en Grande Bretagne où il existe,
certes, six mille quatre cents kilomètres de
canaux, mais étroits. De 1826 à 1830
est construite la ligne Liverpool-Manchester. En 1827,
pour le transport à la Loire du charbon du
bassin minier de Saint-Étienne, un chemin de
fer de dix-huit kilomètres qui comporte des
tunnels est construit. Les moyens de traction sont
des chevaux, des machines à vapeur fixes et
la gravité ; en 1830 ce sont des locomotives
Stephenson que Seguin modifie en 1831 : il les munit
de chaudières tubulaires. En 1832 la ligne
va jusqu'à Lyon.
Ce nouveau moyen de transport
terrestre a une caractéristique originale :
pour une voie donnée il n'y a qu'un seul exploitant
qui est, en général, maître à
la fois de l'infrastructure et des véhicules
qui sont tous conduits et entretenus par des personnels
appartenant à l'entreprise. Après les
premiers essais le développement est très
rapide dans de nombreuses régions malgré
la multiplicité des questions à résoudre
simultanément : techniques (supports des rails,
aiguillages, boites d'essieu, freinage, alimentations
en eau et combustible, signalisation : "quand
on voit il est trop tard", gares qui doivent
permettre un transport de masse... ), réglementation
(d'exploitation, de gare, des trains, des personnels,
tarification, billetterie... ), politiques (qui finance?,
quelles lignes construire d'abord?... ).
En Belgique, dont l'indépendance
officielle est de 1831, la construction des chemins
de fer commence en 1834 par la ligne Bruxelles-Malines
de vingt-deux kilomètres. En 1835 est construite
la ligne de Nuremberg à Fürth ; de 1835
à 1837 celle de Paris à Saint-Germain-en-Laye
(en fait Le Pecq) ; en 1839 celles de Dresde à
Leipzig, de Paris à Versailles, de Amsterdam
à Haarlem, de Naples à Portici. Il y
a seize cents kilomètres de lignes au Royaume
Uni en 1836, cinq-cents kilomètres dans les
Pays allemands en 1840 et cinq cent cinquante kilomètres
en France en 1841. Des transports postaux réguliers
par trains existent dans les Midlands depuis 1838.
Les chemins de fer ne tolèrent
pas les fortes pentes. Ils exigent donc de nombreux
ponts et tunnels et des terrassements importants7 . En France les lignes sont des concessions limitées
en durée de l'État qui finance partiellement8 et surveille les travaux et l'exploitation. En 1838
une section des chemins de fer est créée
au Conseil général des Ponts et Chaussées.
Ce mode de transport stimule le développement
de la métallurgie du fer (cf. supra)
: en 1833 tous les rails sont en fer (en 1885 ils
seront remplacés par ceux en acier autorisés
en France par décret de 1872) ; ils permettent
une vitesse de soixante kilomètres par heure
en même temps que les charges transportées
augmentent.
Malgré l'accident de Meudon
du 8 mai 18429 , le 11 juin 1842 est promulguée une loi qui
prévoit sept lignes partant de Paris (étoile
de Legrand) et allant vers la Belgique, Strasbourg,
Marseille et Cette (Sète), Bourges, Bayonne,
Nantes et un port non précisé de la
Manche ainsi que deux autres lignes : Lyon-Mulhouse
et Bordeaux-Marseille. Ce réseau est à
construire aux frais des compagnies et de l'État
: achat des terrains, terrassements, ouvrages d'art
et stations. En contrepartie le pouvoir central fixe
les durées des concessions, les conditions
d'exploitation et les tarifs. En 1843 sont ouvertes
les lignes de Paris à Orléans et à
Rouen, cette dernière est construite par du
personnel d'encadrement et du matériel britanniques.
En 1846 la ligne Paris-Lille est construite ; en 1852
celle de Paris à Strasbourg. En 1856 est achevée
celle de Paris à Lyon (commencée en
1847). Pour organiser l'ensemble de trois mille kilomètres
qui comporte de nombreuses sections isolées,
des lois de 1852 créent les réseaux
comme le Lyon-Méditerranée ou le Paris-Orléans.
Une nouvelle réorganisation de 1859 conduit
à six réseaux qui constituent des ensembles
homogènes.
En 1838 Samuel F.B. Morse (1791
- 1872) fait une démonstration publique de
son télégraphe électrique, avec
son code il permet la transmission de vingt-cinq mots
par minute. En 1844 une ligne est construite entre
Boston et Baltimore. Ce moyen facilite grandement
la régulation du trafic ferroviaire. La voie
Paris-Rouen est équipée en 184510.
Les chemins de fer ont rapidement
des conséquences diverses. En 1845 l'État
rachète les actions des canaux pour diminuer
les tarifs et leur permettre d'être compétitifs.
Les chemins de fer effectuent des transports si peu
onéreux que la houille devient utilisable loin
des mines, que la production en grandes séries
est possible, d'où une forte industrialisation
et une urbanisation rapide de certaines parties du
territoire comme la région stéphanoise
ou le Nord. Ils sont aussi à l'origine du tourisme
de masse : le premier "train de plaisir"
circule de Paris à Dieppe en 1848. Les compagnies
créent des caisses de secours, de retraite
et des coopératives gérées paritairement.
Les réseaux souterrains (le premier construit
à Londres de 1860 à 1864 est à
vapeur jusqu'en 1887) et les trains de banlieue (dont
l'extension a déjà bien plus qu'une
lieue de large) de Londres, Paris, Berlin, Hambourg,
New York, Chicago, Boston... permettent l'extension
des grandes métropoles. Lors de la guerre de
Crimée (1854 - 1856), malgré la
lacune Lyon-Valence, le ferroviaire prouve sa supériorité
pour l'acheminement des troupes. En 1856 la liaison
Paris-Marseille est ouverte et utilisée pour
le retour de Sébastopol. Lors de l'intervention
en Italie de Napoléon III, en faveur des Piémontais
contre l'Empire des Habsbourg en 1859, les chemins
de fer, qui disposent de wagons portant dix tonnes,
alors que les véhicules routiers ne transportent
que deux à trois tonnes, permettent d'acheminer
plus de deux cent vingt mille hommes et trente-six
mille chevaux en trois mois à une vitesse six
fois plus grande que ne l'auraient permis les routes.
À la mobilisation pour la guerre franco-allemande
de 1870 (deux cent vingt mille hommes, trente mille
chevaux et trois mille canons du côté
français ; quatre cent vingt mille hommes et
quinze cents canons du côté prussien)
et pour le mouvement vers l'Est de l'armée
de la Loire commandée par Charles-Denis-Sauter
Bourbaki (1816 - 1897) ce sont les transports ferroviaires
qui sont utilisés. Ces performances n'ont été
possibles que par l'affectation, entre 1855 et 1864,
de plus de sept pour cent du produit intérieur
brut français aux investissements ferroviaires.
Après le paiement de l'indemnité
de guerre, fixée par le traité de Francfort
(1871), de nouvelles voies ferrées sont construites.
Le réseau de l'État est constitué
en 1878 avec les personnels des compagnies concernées
mais ils ne deviennent pas fonctionnaires. Le programme
du ministre des Travaux publics Charles-Louis de Saulces
de Freycinet (1828 - 1923) prévoit, en 1879,
pour l'achèvement du réseau, seize mille
kilomètres de voies nouvelles, quarante mille
kilomètres de lignes d'intérêt
local (officialisées par une loi de 1865).
Dans ce plan les crédits pour les routes ne
représentent que trois pour cent de ce qui
est attribué aux chemins de fer et aux voies
navigables. En effet jusqu'à la fin du siècle
la circulation sur les routes nationales est faible
(les relais sont fermés), les routes départementales
et les chemins vicinaux, au total six cent mille kilomètres
de routes, sont surtout des affluents des canaux et
du rail dont le trafic est, en 1900, de quatorze milliards
de voyageurs-kilomètres et de seize milliards
de tonnes-kilomètres et l'objectif est que
tous les chefs-lieux de cantons soient desservis.
C'est l'exploitation des chemins de fer qui a conduit
à ce qu'il n'y ait qu'une seule heure en France
: celle de Paris (elle sera remplacée par celle
de Greenwich en 1911).
8.4 - Développements simultanés
de réseaux routiers et ferroviaires
C'est donc dans quelques États
d'Europe occidentale que naissent les chemins de fer.
Très vite ils s'étendent à la
fois dans d'autres États indépendants
et dans des colonies.
8.4.1 - Dans d'autres États
indépendants
Dans les Pays allemands durant
le Zwischenreich se produit, à partir
de 1850, un grand essor industriel surtout de la
chimie et de la métallurgie avec des techniques
modernes. À cette époque l'étendue
du réseau ferré est de six mille kilomètres.
Malgré la forte émigration vers les
États Unis d'Amérique la natalité
est telle que la population croît, principalement
dans les grandes villes. Les divers Zollverein (en Prusse en 1816 et 1823, pour une bonne partie
de l'Allemagne en 1828 et 1833 et pour toute l'Allemagne
en 1865) et la création du Deuxième Reich en 1871 sont des facteurs favorables
au développement des transports. Ce développement
porte essentiellement sur les voies d'eau (aménagement
de fleuves, de rivières et canaux) et les
chemins de fer : réseau unifié de
vingt mille kilomètres mais non centralisé
comme en France. C'est pour un transport à
courte distance dans une exposition de Berlin que
Werner von Siemens (1816 - 1892) utilise
le transport d'énergie électrique
entre deux machines tournantes par câble métallique
inventé en 1873 par Hippolyte Fontaine (1832
- 1910) et réalise, en 1879, la traction
électrique. En 1900 l'Empire allemand est
la quatrième puissance commerciale après
le Royaume Uni, la France et les États Unis
d'Amérique, son réseau ferroviaire
est de cinquante mille kilomètres mais son
réseau routier est peu élaboré.
Avec une chronologie différente
la situation est analogue en Europe centrale. Si
la ligne Vienne-Wagram est établie en 1838,
les empereurs François II (1768 - 1835) et,
de 1835 à 1848, Ferdinand I er (1793 -
1875) refusent toute innovation, et ce n'est qu'après
la Révolution de 1848 que s'opère
une centralisation administrative et la construction
d'un réseau ferré en étoile
à deux centres : Vienne et Budapest. En 1855
ces chemins de fer sont vendus à une compagnie
dont les capitaux, dans une forte proportion, sont
français. En 1867 est créé
l'Empire d'Autriche-Hongrie et cet État polyethnique
s'industrialise. La même année une
voie ferrée est construite au col du Brenner,
dont l'altitude est de près de quatorze cents
mètres ; elle comporte vingt-sept tunnels
et de nombreux viaducs, elle rend presque nul le
trafic de la route à ce passage. De 1822
à 1825 la route du col de l'Arlberg (cf. supra)
est reconstruite et un service de voitures postales
hebdomadaires y est assuré. De 1880 à
1884 une voie ferrée est construite. Elle
monte à treize cents mètres et passe
dans un tunnel de dix kilomètres. De 1848
à 1853 est construite la ligne Vienne-Trieste,
c'est le premier franchissement ferroviaire de la
chaîne des Alpes, par le col du Semmering
à près de mille mètres d'altitude.
En 1882 le rythme de construction des voies ferrées
est de mille kilomètres par an. Le krach
de l'Union générale (cf. supra)
fait que les entreprises françaises sont
remplacées par des allemandes. Le Train Express
d'Orient comportant des voitures de la Compagnie
internationale des Wagons-Lits traverse sept États
de Paris à Bucarest en 1883 (deux mille huit
cents kilomètres en soixante-quinze heures).
La Russie poursuit son expansion
dans la Caucase et en Asie. En 1837 est construite
une voie ferrée qui va de Saint-Pétersbourg
à Tsarskoïé Selo, en 1851 la
ligne de Saint-Pétersbourg à Moscou
et, de 1856 à 1861, celle de Saint-Pétersbourg
à Varsovie. Mais la difficulté de
trouver des pierres pour les chaussées et
le ballast des voies ferrées sur une grande
partie du territoire, de dix-sept millions de kilomètres
carrés et peuplé seulement de soixante-dix
millions d'habitants, font que les réseaux
sont très lâches et en très
mauvais état. Après la réforme
administrative de 1864 l'entretien des routes est
de la compétence des zemstva (conseils
locaux élus par un scrutin censitaire et
d'ordre : trois quarts des sièges pour la
noblesse). En 1881 existe un réseau ferroviaire
de vingt-cinq mille kilomètres en étoile
centré sur Moscou construit par des ingénieurs
et avec des capitaux étrangers, notamment
français. En 1891 débute la construction
du Transsibérien (elle sera achevée
en 1902) de neuf mille kilomètres de Moscou
à Vladivostok qui dessert une région
où les routes sont mauvaises ou inexistantes.
À la fin du siècle les rails, les
wagons et presque toutes les locomotives sont fabriqués
dans l'Empire.
Le Portugal
n'a pas connu, au XIX ème s., la révolution
industrielle. Il n'a les ressources suffisantes
pour transformer son réseau routier médiocre
que dans la seconde moitié du siècle
: trois mille kilomètres de routes sont construits
entre 1859 et 1875 simultanément avec des
voies ferrées : trois mille kilomètres
aussi entre 1856 et 1912.
Les États Unis d'Amérique
s'étendent vers l'Ouest et le Sud, en 1823
une légère augmentation des droits
de douane donne à l'État fédéral
la possibilité de construire des canaux et
des routes en direction de l'Ouest dont la route
des pionniers qui va jusqu'à Saint-Louis.
En 1830 est construite de Baltimore à Elliot's
Mills une ligne de vingt-quatre kilomètres
à rails en bois recouverts de métal
sur laquelle circulent des trains à traction
hippomobile. En 1831 une voie ferrée équipée
de locomotives Stephenson est construite à
Philadelphie. L'immigration fait que la population
double tous les vingt ans, le territoire s'étend
et de nouveaux États sont créés.
En 1850 les chemins de fer dépassent Chicago
à l'Ouest, il y a quatorze mille kilomètres
de lignes. Pendant la guerre de Sécession
(1861 - 1865) qui oppose vingt-quatre États
du Nord à onze États confédérés,
l'essentiel des transports militaires est assuré
par les chemins de fer. En 1869 est achevée
la première liaison transcontinentale de
cinq mille kilomètres jusqu'à San
Francisco. Il y en a six à la fin du siècle.
Dans le Middle West des routes à tracés
le plus souvent est-ouest ou nord-sud y conduisent.
Au Brésil indépendant
de fait en 1808 et de droit en 1822, les fleuves
permettent l'accès à l'intérieur.
Le développement de plantations de caféiers
et de l'élevage conduisent, pour diminuer
les frais de portage à dos de mulets très
dispendieux, à créer des chemins de
fer : cinquante-sept lignes de pénétration
sont construites de 1853 à 1885. À
leur tour ces sites incitent à l'intensification
de l'agriculture à proximité. Les
productions sont transportées jusqu'aux gares
par des chars à bœufs.
L'Argentine est découverte
lors de la recherche des mers du Sud par Juan Diaz
de Solis (seconde moitié du XV ème
s. -1516) en 1509, elle devient Colonie de la Couronne
d'Espagne. La dislocation de l'Empire colonial espagnol
au XIX ème s. est suivie d'une période
de troubles politiques. La constitution de 1853
crée un État fédéral.
À partir de 1860 affluent des capitaux étrangers
dont un tiers est destiné à la construction
de voies ferrées pour les exportations (surtout
des laines et des peaux). En 1914 un réseau
de trente-quatre mille kilomètres converge
vers Buenos Aires.
Au Pérou, devenu indépendant
en 1826, est construit, en 1868, le chemin de fer
pendulaire qui, à partir du port de Callao,
monte à quatre mille huit cents mètres
dans les Andes (la plus élevée des
voies ferrées).
Au Japon il faut attendre le
début de l'ère Meiji (1868) pour un
renouveau des transports terrestres. Le premier
chemin de fer, Tokyo-Yokohama, date de 1872. L'expansion
concerne notamment l'occupation du sud de la Mandchourie
à l'issue de la guerre contre la Chine (1895).
Après sa victoire sur la Russie en 1905,
le Japon reçoit les droits russes sur le
chemin de fer sud-mandchourien.
En Chine l'organisation mandarinale
centralisée est inadaptée à
l'accroissement de la population (trois cents millions
au début du XIX ème s.). L'économie
est ruinée par les importations de produits
manufacturés et d'opium soutenues par des
interventions des marines modernes qui interviennent
sur les côtes et les fleuves. Des ports sont
concédés à des puissances étrangères.
En 1896 le gouvernement impérial est contraint
d'accepter des prêts financiers à taux
élevés pour ouvrir des lignes de chemin
de fer qui permettent de pénétrer
l'intérieur : russes pour la Mandchourie,
allemands pour le Shandang, britanniques pour le
Yangzi et français pour trois provinces du
sud-ouest.
Au XIX ème s. l'Empire
ottoman perd des territoires au profit de l'Empire
russe, de celui des Habsbourg, de la France, du
Royaume Uni (Chypre) et de nouveaux États
indépendants : Grèce (1830), Serbie
et Roumanie (1878). Il est un débouché
pour les produits manufacturés et une source
de matières premières. L'État
ne survit financièrement que grâce
aux avances de la Banque ottomane (entreprise franco-anglaise
fondée en 1863) qui perçoit les revenus
de l'Empire. Des entreprises britanniques, françaises
et allemandes obtiennent des concessions pour construire
des routes et des chemins de fer dont celui de Bagdad
(encore inachevé de nos jours).
8.4.2 - Dans les colonies françaises
En 1815 il ne reste que quelques
fragments épars du premier empire colonial
français. Le contentieux de la dette Bacri,
négociant algérois qui avait vendu
du blé au Directoire, et à laquelle
le dey Husayn ibn al-Husayn (1765 - 1838) était
intéressé, conduit à l'expédition
d'Alger (Al Djazair) (1830) et à la conquête
de l'Algérie (1830 -1857). Dans ce pays
il y avait eu des comptoirs portuaires phéniciens
puis carthaginois puis des voies romaines. Ces dernières
disparurent après les invasions vandales
(429 - 455), arabes (647 - 911) et la domination
ottomane (depuis le XVI ème s.). C'est sous
le Second Empire que sont entreprises des constructions
de routes et de voies ferrées : de 1865 à
1875 sont construites les lignes Alger-Oran (Ouahran)
et Philippeville (Skikda)-Constantine (Qacentina),
soit plus de cinq cents kilomètres.
C'est aussi de cette époque
que datent les premières routes du Sénégal.
Ce pays avait été atteint par des
navigateurs portugais en 1444. Après l'occupation
de ces comptoirs par des Hollandais, des Français
fondent la ville de Saint-Louis en 1638 qui est
un lieu de traite des noirs. Devenu britannique
à l'issue de la guerre européenne
de Sept-Ans (1756 - 1763), le Sénégal
redevient français par le traité de
Versailles (1783). Louis Faidherbe (1818 - 1889)
en est nommé gouverneur en 1854. En 1857
il fonde Dakar, invente les tirailleurs sénégalais
qui permettent la conquête de l'intérieur
et, enfin, encourage la culture de l'arachide originaire
d'Amérique. Le premier chemin de fer est
construit en 1885.
La Nouvelle-Calédonie
est annexée en 1853 et quelques routes sont
tracées pour l'exploitation du nickel qui
commence en 1877.
La conquête de l'Indochine
est longue (de 1858 à 1896) : Cochinchine
orientale et Cambodge en 1863, ensemble de la Cochinchine
en 1867 et Tonkin de 1873 à 1896. Le premier
chemin de fer est construit au Cambodge en 1885.
Des routes importantes ne seront ouvertes qu'au
XX ème s.
Il en est de même dans
l'Afrique centrale française qui résulte
du partage entre les puissances coloniales décidé
à la conférence de Berlin (1885).
La Tunisie successivement phénicienne,
carthaginoise, romaine, vandale, byzantine, arabe,
aghlabide, fatimide, ziride, almohade, afside et
ottomane, a eu un réseau routier antique
pour relier les cités romaines. Au XIX ème
s. les cours des produits agricoles et artisanaux
exportés baissent, le bey renforce son armée
(1837), établit un réseau télégraphique
(1857) et un début de réseau ferroviaire
avec des financements provenant d'emprunts en France.
En 1869 l'État est sous une tutelle financière
anglo-franco-italienne. C'est finalement la France
qui reçoit cette part de l'Empire ottoman
: en 1881, après une intervention militaire,
est établi le protectorat. L'extension du
réseau ferroviaire est alors de cent quatre-vingt-onze
kilomètres.
À Madagascar le résident
français est installé en 1885, le
protectorat institué en 1895 et l'annexion
est effectuée en 1896 ; mais c'est en 1908
que s'achève la conquête.
8.4.3 - Dans les autres colonies
Au XIX ème s. l'industrialisation
du Royaume Uni ne suffit pas pour absorber l'accroissement
démographique (la population passe de dix
à vingt-sept millions de 1800 à 1831)
et l'émigration aux colonies est importante.
En particulier vers le Canada où les voies
de communication qui sont créées sont
des canaux et, en 1836, une première ligne
de chemin de fer de vingt-six kilomètres.
Les cinq provinces sont fédérées
en 1867. En 1876 est achevé le Chemin de
Fer intercolonial de douze cents kilomètres.
De 1873 à 1885 est construite la seule voie
de communication ouest-est le Canadian Pacific
Railway de quatre mille six cents kilomètres
de Montréal à Vancouver ; ce qui porte
le réseau à trente-quatre mille kilomètres.
Sont ensuite créées, sans concurrence
routière, des lignes secondaires dans les
régions agricoles.
Les côtes de l'Inde ont
eu des relations commerciales avec la Chine et le
monde musulman au Moyen Âge. Sines Vasco de
Gama (1469 - 1524) atteint Calicut (Kozhicode) en
1498, occupe Goa en 1510 et, en 1523, devient vice-roi
des Indes portugaises, en fait quelques comptoirs.
Au début du XVII ème s. des Hollandais
remplacent les Portugais. En 1652, à l'issue
d'une guerre anglo-hollandaise ils sont eux-mêmes
remplacés par des agents de l'East India
Company. La Compagnie française des Indes
créée en 1664, fonde Pondichéry
en 1673 et, en 1742, nomme Joseph-François
marquis de Dupleix (1697 - 1763) gouverneur général.
Il instaure un protectorat sur la plus grande partie
du Dekkan. Au traité de Paris la France ne
conserve que cinq comptoirs. L'East India Company étend progressivement son domaine malgré
un échec militaire en Afghanistan (1842)
: occupation de la Birmanie (1826 - 1852), du Sind
(1843), du Cachemire (1846), du Panjab (1849), protectorat
sur le Belouchistan (1876) et tutelle sur le souverain
afghan (1880). La compagnie développe des
plantations de thé, café, indigo...
Mais le gouvernement de Londres prend progressivement
le contrôle. De 1848 à 1856 sont organisés
les travaux publics, le télégraphe
et les chemins de fer : la première ligne
est construite entre Bombay et Thana en 1853. La
compagnie est supprimée en 1858 et la Reine
devient Impératrice des Indes en 1877. Pour
les transports militaires et l'exploitation économique,
les voies de communication, aussi bien des routes
que des voies ferrées (dont celle de Silinguri
à Darjeeling de quatre-vingts kilomètres
avec un dénivelé de plus de deux mille
mètres), parfois avec des ouvrages d'art
exceptionnels, sont construites avec des capitaux
britanniques. Le réseau sera de soixante
mille kilomètres en 1914.
La côte de l'Afrique
du Sud est atteinte par les navigateurs portugais
Diogo Cão en 1485, Bartolomeu Dias (1450
- 1500) en 1488 et Vasco de Gama en 1497. La Vereenigde
Oostindische fonde au Cap en 1652 une colonie
de faible étendue : elle est délimitée
par un fossé en 1658. En 1688 des cultivateurs
néerlandais se sont répandus dans
un rayon de cinquante kilomètres. En 1760
ils franchissent le fleuve Orange. La compagnie
dissoute (cf. supra ), le Royaume Uni assure
sa "protection" sur la Colonie. Ceci est
officialisé par la Convention de Londres
de 1814. L'émigration britannique et le transfert
de travailleurs indiens conduisent à une
extension territoriale : annexion du Natal en 1843.
La découverte de diamants dans la zone de
Kimberley en 1867 conduit à son annexion
à la Colonie en 1871. Les Boers (descendants
des pionniers européens de la période
néerlandaise) sont repoussés vers
le nord et l'est (Grand Trek) et créent la
République de l'État libre d'Orange
en 1836 et la République d'Afrique du Sud
(Transvaal) en 1856. C'est par une voie ferrée
qui va de Johannesburg à Maputo au Mozambique
portugais que Paul Kruger (1805 -1904), président
du Transvaal de 1883 à 1902, assure une relation
avec l'extérieur sans passer par le territoire
britannique. La découverte d'or au Transvaal
en 1884 aboutit à la guerre anglo-boer (1899
- 1902). Ce n'est qu'après l'unification
politique qui suit cette guerre qu'un réseau
routier sera construit.
James Cook (1728 - 1779) prend
possession de l'Australie en 1770. De 1788 à
1850 cent cinquante mille forçats y sont
envoyés. L'émigration britannique
peuple le pourtour sud-est à partir de 1830.
Il y a plus d'un million d'habitants en 1870. Il
n'existe pratiquement pas de voie navigable pour
pénétrer cette immense étendue.
La découverte d'or en 1851 et le développement
de l'élevage, pour la laine et la viande
congelée à partir de 1880, conduisent
à des constructions de routes et, surtout,
à un début de réseau ferré
dans le sud-est (la première ligne dans le
Queensland en 1865) et une ligne de pénétration
de Port Augusta à Oodnadatta. Au total quinze
mille kilomètres en 1890 (de trois écartements
différents).
La Nouvelle-Zélande
découverte par le navigateur hollandais Abel
Janszoon Tasman (1603 - 1659) en 1642 passe sous
contrôle britannique en 1840. Les guerres
avec les Maoris ne cessent qu'en 1870 et, jusqu'à
la fin du siècle, les colonies sont côtières
et dispersées.
De 1823 à 1831 des explorations
permettent de localiser les sources de produits
tropicaux sur le territoire du Nigeria actuel. La
grande Bretagne annexe Lagos en 1861 et reçoit,
à la Conférence de Berlin, le protectorat
du bas Niger qu'elle étend rapidement. Mais
la Colonie n'est créée qu'en 1914.
En 1856 est construit le premier
chemin de fer africain : Le Caire-Alexandrie. En
1858 Ferdinand-Marie vicomte de Lesseps (1805 -
1894) crée la Compagnie universelle du Canal
maritime de Suez qui fait exécuter les travaux
de 1859 à 1869. En 1860 le gouvernement britannique,
cherchant des entraves à l'ouverture d'une
nouvelle "route des Indes", obtient de
la Sublime Porte la suppression de la "corvée
pharaonique". De Lesseps fait concevoir et
construire en Europe des pelles et des dragues à
vapeur. En 1863 Isma'il (1830 - 1895) devient pacha
et obtient de la Sublime Porte, en 1867, le titre
de Khédive. Il fait construire, financés
par des emprunts à l'étranger, des
ponts routiers, des chemins de fer et des lignes
télégraphiques. En 1874 les dettes
sont telles qu'il doit vendre les actions de la
Compagnie universelle appartenant à l'Égypte
à la Grande Bretagne qui devient majoritaire.
En 1882 l'armée britannique occupe l'Égypte.
Les travaux publics sont contrôlés
par des Britanniques.
Une convention anglo-allemande
de 1886 attribue les territoires de l'Ouganda et
du Kenya actuel (dénomination qui date de
1920) au Royaume Uni. La pénétration
de ces terres commence en 1892 par la construction,
par des coolies punjabi, d'une voie ferrée
allant de Mombasa au lac Victoria.
Les Britanniques occupent l'Insulinde
en 1810 et la restituent aux Pays-Bas en 1824. À
partir de 1830 les plantations sont réorganisées
et l'hévéa est cultivé à
partir de 1877. En 1860 commence l'exploitation
de l'étain et, en 1886, celle du pétrole.
Le cabotage est important et les transports terrestres
sont développés pour pénétrer
à l'intérieur des îles.
La faiblesse des ressources
financières du Portugal (cf. supra)
explique aussi le faible développement de
l'Angola découvert au XV ème s., source
d'esclaves pour le Brésil jusqu'en 1850 et
dont la mise en valeur agricole de l'intérieur
par le travail obligatoire commence en 1875.
Le Mozambique, dont la côte
est colonisée depuis 1505, sert aussi de
source d'esclaves pour le Brésil, puis la
pénétration de l'intérieur
se fait par le chemin de fer.
Le roi des Belges Léopold
II (1835 -1909) acquiert, par sa diplomatie, à
la Conférence de Berlin, le bassin du Congo.
Ce territoire devient son fief personnel en 1885.
Ce sera une Colonie belge en 1908. Un réseau
navigable intérieur de douze mille kilomètres
est accessible aux barges de quarante tonnes. Il
est relié à la mer par une voie ferrée
construite de 1889 à 1898. En 1890 commence
l'exploitation du latex et la richesse minière
du Katanga est établie en 1892. Les exportations
sont assurées par des voies ferrées
qui se dirigent vers l'Angola, la Zambie et, en
1911, vers l'Afrique du Sud.
8.5 - Autres innovations
D'autres innovations qui sont
ou seront en relation avec la route et ses usages
sont à mentionner.
L'éclairage
au gaz (cf. supra ) est
utilisé à Paris pour la place Vendôme
en 1825 et la rue de la Paix en 1829. Dans la même
ville des cuisinières à gaz sont installées
en 1840. Progressivement les villes importantes des
pays industrialisés sont équipées
d'usines à gaz.
L'acquisition, l'enseignement
et la diffusion des savoirs techniques se répandent
: des écoles polytechniques sont créées
: Vienne 1816, Karlsruhe et Varsovie 1825, Munich
et Dresde 1829, Hanovre 1831, Stuttgart 1839... ;
les Annales des Ponts et Chaussées paraissent
depuis 1831; l'École des Ponts et Chaussées
de Paris a un laboratoire en 1831.
Un exemple de standardisation
est celui des filetages qui date de 1841 et qui porte
le nom d'un constructeur de tours à charioter
et à fileter Sir Joseph Withworth (1803 - 1887).
La Conférence internationale du Mètre
se tient en 1875, le Bureau international des Poids
et Mesures est créé et conserve des
étalons de longueur et de masse.
Parmi d'autres organisations
internationales du XIX ème s. il
convient de citer la Commission internationale du
Rhin créée au Congrès de Vienne
en 1815 ; des accords bilatéraux pour les chemins
de fer en 1847 ; la navigation sur le Danube en 1856
; la Convention internationale sur le Télégraphe
de 1863 et la Conférence européenne
de 1872 sur les horaires de chemins de fer.
L'abattage dans les carrières
et les terrassements bénéficient en
1858 de la perforatrice percutante de Germain Sommeiller
(1815 - 1871) et, en 1867, de la dynamite de Alfred
Nobel (1833 - 1896).
Des industriels d'Alsace créent
en 1867 l'Association des propriétaires d'Appareils
à Vapeur (APAVE) pour le contrôle des
machines et la prévention des accidents. Son
champ d'action s'étend, outre l'Alsace, au
Würtemberg et à la Suisse. Des associations
analogues sont créées dans le Nord (1873),
la Normandie (1874), les régions parisienne
(1876), nantaise (1878), bordelaise (1879) et marseillaise
(1885).
En 1890 l'intérêt
d'ajouter au ciment du laitier de haut fourneau est
compris.
L'aérostation (cf. supra)
conduit en 1851 au ballon dirigeable de Pierre-Célestin
Arnauld († 1869). En 1873 Spiess prend un brevet pour
un dirigeable à armature rigide. Il est construit
en 1900 par Ferdinand comte von Zeppelin (1818
- 1917). Pendant le Siège de Paris en 1870
et 1871 un moyen de transport utilisé est le
ballon, mais libre11.
En 1890 Clément Ader (1841 - 1925) vole avec
des moteurs à vapeur sur des engins plus lourds
que l'air qu'ils déplacent : l'Éole
en 1890 et l'Avion en 1897.
Le gisement de Pechelbronn fournit
en 1735, par distillation, quelques litres par jour
d'huile pour les lampes. En 1813 est réalisé
le premier forage à la tarière et, en
1857, la première raffinerie. En 1859, toujours
pour le même usage, Edwin Laurentine Drake (1819
-1880) fore un puits en Pennsylvanie. La Standard
Oil Company est fondée en 1882. Des wagons
citernes circulent entre Bakou et Batoum en 1894.
Le remplacement des lubrifiants d'origines animale
ou végétale par de l'huile de pétrole
autorise des températures de fonctionnement
plus élevées ce qui permet à
Wilhelm Schmidt (1858 - 1924) de construire, en 1898,
des machines à vapeur surchauffée au
rendement énergétique amélioré.
En 1900 sont construites des locomotives qui tractent
quatre cents tonnes à cent vingt kilomètres
par heure.
Toujours pour l'éclairage
Thomas Alva Edison (1847 - 1931) réalise en
1879 une lampe électrique réellement
utilisable : à filament de carbone. Elle sert
dans les rues de New York en 1882.
Alexander
Graham Bell (1847 - 1922) effectue une démonstration
de téléphone en 1875, son appareil est
perfectionné par David Edward Hughes (1831
- 1900) en 1877. En 1879 est installé un début
de réseau téléphonique à
Paris.
Pour vérifier la théorie
électromagnétique (1864) de James-Clerk
Maxwell (1831 - 1879), Heinrich Hertz (1857 - 1894)
conçoit, en 1888, une source et un détecteur
de ces ondes. Édouard Branly (1844 - 1940)
réalise un détecteur plus sensible en
1890. En 1895 Aleksandr Stepanovitch Popov (1859 -1906)
invente l'antenne. Guglielmo Marconi (1874 - 1937)
réalise la première radio transmission
publique de signaux en 1896, en 1898 il transmet à
trente kilomètres et en 1903 de Cap Cod à
l'Angleterre ; il est lauréat Nobel pour ces
travaux en 1909.
La carte de la France au un quatre-vingts
millième dite de l'état-major est commencée
en 1818 ; elle est achevée par la Corse en
1882. Elle sera utilisée jusqu'en 1958.
Les Aztèques utilisaient
le caoutchouc pour en faire des balles élastiques,
des bottes imperméables et des gourdes. En
Europe au XVIII ème s. on en fait
des gommes à effacer, de la soie imperméable
pour les aérostats gonflés à
l'hydrogène et Pierre-Joseph Macquer (1718
- 1784) en fait des tuyaux en enduisant des formes
de cire avec une solution dans l'essence de térébenthine.
En 1823 Charles Mac Intosh fait breveter un tissu
imperméabilisé. En 1839 Charles Goodyear
(1800 - 1860) met au point sa vulcanisation par chauffage
avec du soufre. En 1888 John Boyd Dunlop 1840 - 1921)
prend le brevet d'un pneumatique à valve pour
les bicyclettes. En 1891 les frères Édouard
(1859 - 1940) et André (1853 - 1931) Michelin
créent le pneumatique démontable. Le
caoutchouc fait l'objet d'une cueillette intense dans
les forêts équatoriales puis l'hévéa
est cultivé dans d'importantes plantations.
Une innovation de ce siècle
importante pour ce qui nous concerne est l'émergence
d'un nouveau type de véhicules routiers.
8.6 - Apparition de l'automobile
Les tentatives de véhicules
automobiles à vapeur de Cugnot (cf. supra ) et de Trevithick (cf. supra ) sont poursuivies au XIX ème s.,
notamment avec les diligences à vapeur de Julius
Griffith en 1821. Mais les routes de l'époque
ne sont pas adaptées à des convois routiers
lourds et qui pourraient être rapides. C'est
ainsi que les Locomotive Acts de 1861 limitent,
au Royaume Uni, les vitesses à six kilomètres
par heure en campagne et à trois en ville.
En France où n'existe pas une telle réglementation
des tentatives sont effectuées par Amédée
Bollée (1844 - 1917). Il construit des véhicules
pour les voyageurs : à douze places, cinq tonnes
et quarante kilomètres par heure en 1872 ;
seize places, quarante-deux kilomètres par
heure en 1876, il atteint soixante kilomètres
par heure en 1881. Mais l'expérience montre
que ce n'est pas cette voie qui sera retenue.
Pour les travaux à domicile
il est recherché un moteur de petite taille.
En 1843 Eugenio Barsanti (1821 - 1864) conçoit
un moteur à combustion interne alimenté
par un mélange de gaz de ville et d'air qu'il
enflamme par une étincelle alimentée
par une pile de Alessandro Volta (1745 - 1827). En
1859 Étienne Lenoir (1822 - 1900) met ce moteur
au point, il emploie pour l'inflammation une bobine
imaginée en 1851 par Heinrich Daniel Ruhmkorff
(1803 - 1877). Alphonse Beau de Rochas (1815
- 1893), inspiré par les travaux thermodynamiques
du fils Sadi (1796 - 1832) de Lazare Carnot, invente,
en 1862, le moteur à quatre temps qui est construit
en 1876 par Nikolaus Otto (1832 - 1891). La dynamo
de Siemens de 1865 peut être employée
pour alimenter les bobines de Ruhmkorff. De 1872 à
1876 George B. Brayton invente le carburateur pour
le pétrole. En 1884 Édouard Delamarrre-Debouteville
et, en 1889, Albert marquis de Dion (1856 - 1946)
construisent des moteurs à essence de pétrole.
De tels moteurs sont utilisés à une
toute autre fin que celle qui avait stimulé
les recherches : ils sont montés sur un tricycle
par Carl Benz (1844 - 1919) en 1886 et sur des
voitures : à partir de 1887 par Armand Peugeot
(1849 - 1915), en 1889 par Gottlieb Daimler (1834
- 1900)12,
en 1891 par Émile Levassor (1843 - 1897) et
René Panhard (1841 - 1907) ainsi qu'en 1899
par Louis Renault (1877 - 1945). Des courses sont
organisées : 1894 Paris-Rouen, 1895 Paris-Bordeaux-Paris,
1896 Paris-Marseille. De 1895 date l'utilisation de
pneumatiques sur les automobiles. En 1897 le moteur
à auto-allumage et injection de Rudolph Diesel
(1858 - 1913) est au point. En 1898 se tient à
Paris le premier Salon de l'Automobile. Il ne s'agit
alors que d'un sport ou d'une fantaisie pour originaux
argentés ; en effet des routes appropriées
à ces nouveaux véhicules ne seront construites
qu'au siècle suivant.