Les pertes humaines et matérielles
ne concernent pas que les zones de combats terrestres
du fait des bombardements aériens, c'est le cas,
par exemple, de l'Angleterre et du Japon. Les modifications
territoriales, les déplacements de populations
et les occupations militaires concernent des millions
de personnes.
10.1 - En France
10.1.1 - Reconstruction et développement
de la route
Les ports, les transports et
les sources d'approvisionnement sont, pour la plupart,
hors d'usage (la navigation est impossible sur huit
mille kilomètres de voies d'eau qui étaient
navigables). Les déblaiements et la reconstruction
mobilisent les énergies. À la fin
de 1945 près de mille ponts sont reconstruits
et plus de quatre mille ponts provisoires sont établis.
La même année le ministre du Commerce
du gouvernement provisoire Jean Monnet (1888 - 1979)
dresse un plan de reconstruction qui doit moderniser
l'économie française et dont les réseaux
de communication sont une des priorités.
En 1946 la branche nord de l'autoroute de l'Ouest
est achevée. La même année Freyssinet
achève un pont en voussoirs préfabriqués
de béton précontraint à Luzancy
sur la Marne. À la fin de 1950 il y a quatre
mille cinq cents ponts routiers définitifs
reconstruits. La société Campenon
Bernard construit le pont de Balduinstein en voussoirs
préfabriqués par encorbellement. La
branche sud de l'autoroute de l'Ouest vers Trappes
est achevée. L'automatisation réduit
considérablement le travail humain nécessaire
pour la fabrication des voitures, leurs prix décroissent.
Avec de bonnes routes la circulation automobile
augmente et l'éloignement de l'habitat en
banlieue est rendu possible. En 1951 est établie
une taxe sur les carburants destinée à
un Fonds spécial d'Investissement routier.
Selon les années une partie allant de un
dixième à un quart de la recette est
affectée à cet objet pour des renforcements
de grands itinéraires, des améliorations
de ponts vétustes et des tronçons
d'autoroutes : sorties sud de Lille, nord de Marseille...
Dès 1945 il est procédé à
des ajouts de cendres volantes de chaudières
à charbon, de laitiers de hauts fourneaux
et de liants hydrauliques dans des assises de chaussées.
Depuis 1950 sont employés des bétons
bitumineux répandus à chaud. En 1952
sont définis les matériaux routiers
à granulométrie continue contrôlée.
Le tunnel sous la Croix-Rousse à Lyon est
ouvert. C'est aussi le début de la décentralisation
de grandes entreprises industrielles ; un décret
la régule en 1955. C'est aussi en 1955 qu'est
promulguée la loi portant statut des autoroutes
: voie sans croisement à niveau, sans accès
des riverains et accessible seulement aux véhicules
à moteur de caractéristiques suffisantes.
Leurs pentes sont modérées : pas plus
de quatre pour cent en général. En
1956 est créée la première
société concessionnaire d'autoroute
: la Société de l'Autoroute Estérel-Côte
d'Azur. Des déviations de villes intégrables
dans les futures autoroutes sont construites à
partir de 1958. En 1960, alors qu'il y a six millions
de voitures en circulation, est adopté le
premier plan directeur du réseau routier
et autoroutier pour quinze ans. Des autoroutes sont
construites en utilisant des techniques nouvelles
: engins mécaniques puissants, compactage
et traitements de remblais à la chaux, utilisation
de la "terre armée", centrales d'enrobage,
finisseurs, coffrages glissants... Les constructions
sont rapides : Paris-Lille de 1964 à 1967,
Lyon-Marseille de 1963 à 1969 et Paris-Lyon
de 1962 à 1970 (avec un tunnel sous Fourvières
en 1971 et la traversée de Lyon en 1974).
Le tunnel routier sous le Mont Blanc (lui aussi
concédé) est ouvert en 1965. L'hiver
1962 - 1963 est particulièrement rude et,
du fait des accroissements des charges et du trafic,
le réseau routier subit de graves dégâts
au dégel. Il est alors procédé,
par l'emploi de structures de chaussées adéquates,
à la mise hors gel des principaux axes du
Nord et de l'Est. Cette politique est complétée
par celle des "renforcements coordonnés"
par itinéraire : travaux simultanés
d'aménagements pour éliminer les "points
noirs" et, en 1969, le "plan routier breton" de
voies rapides sans péage. En 1970 il est
procédé, comme pour les chemins de
fer au XIX ème s., à des concessions
d'autoroutes (Paris-Poitiers et Paris-Le Mans) à
une société privée : la Compagnie
financière et industrielle des Autoroutes.
Le boulevard périphérique est achevé
par la Ville de Paris en 1972. Par une loi de 1973
l'État transfère aux départements
(sauf en Corse) la responsabilité de nombreuses
routes, il ne reste, en 1976, que vingt-neuf mille
kilomètres de routes nationales.
Durant cette période
de nombreux ponts sont évidemment construits
(cinq cents par an contre quelques dizaines avant
la guerre), principalement en béton précontraint.
Depuis 1946 (pont de Bourg d'Oisans) sont utilisées
des poutres précontraintes préfabriquées.
La société Spie Batignolles réalise,
en 1965, le pont de Choisy-le-Roi, sur la Seine
en amont de Paris, par poussage. Des tôles
à épaisseur variable, ou encore profilées
en long, sont obtenues par laminage. Elles sont
utilisées depuis 1983 (à Joigny-sur-Meuse)
pour construire des ponts. Il est aussi édifié
des ouvrages d'art exceptionnels : ponts suspendus
de Tancarville (1959), d'Aquitaine à Bordeaux
(1967), à haubans de Saint-Nazaire (portée
de la travée centrale quatre cents mètres,
1975), de Brotonne sur la basse Seine (portée
de trois cent vingt mètres pour la travée
centrale, 1977) ; des îles sont reliées
au continent par des ponts : Oléron (1966),
Noirmoutier (1971) et Ré (1988) ; sous le
parc de Saint-Cloud un second tunnel est ouvert
en 1976.
10.1.2 - Quelques conséquences
du développement
Ce développement des
infrastructures routières accompagne un important
transfert de population des campagnes vers les villes.
Les centres de celles-ci sont congestionnés,
le trafic automobile y est de plus en plus lent
(dans Paris la vitesse moyenne des autobus diminue
de vingt-trois pour cent de 1952 à 1968 et
le nombre de voyages par jour ouvrable effectués
par ce moyen passe de un million quatre cent mille
à six cent mille dans le même temps).
Les banlieues s'étendent. Si les voies ferrées
avaient permis un développement en étoile,
les routes permettent de remplir les interstices,
de créer des entreprises dans des "zones
industrielles". L'agglomération dont le rayon
peut atteindre cent kilomètres est entourée
de campagnes fortement dépeuplées.
Ce type d'urbanisation engendre des migrations quotidiennes
considérables qui s'effectuent d'une part
par des trains de banlieue de plus en plus nombreux
et performants et, d'autre part, par les routes.
Malgré les autoroutes de dégagement,
les voies dites rapides et les autoponts qui sont
construits, les embouteillages croissent, le financement
des infrastructures ne parvient pas à suivre
le rythme de développement des grandes agglomérations.
C'est ainsi que certaines voies sont saturées
dès leur mise en service. C'est pourquoi
le ministère chargé des routes, qui
avait été celui du Commerce pendant
le régime d'État de fait, qui était
redevenu celui des Travaux publics en 1944, devient
en 1966 un ministère de l'Équipement
chargé de l'Urbanisme, du Logement et des
Transports avec des directions départementales
uniques et les services centraux spécialisés
sont renforcés.
Le Service spécial des
Autoroutes créé en 1959, devient,
en 1967, le Service d'Études techniques des
Routes et Autoroutes. Le Service des Études
et Recherches sur la Circulation créé
en 1955, est transformé, en 1970, en Institut
de Recherche sur les Transports. Le Centre d'Études
des Tunnels est, lui aussi, créé en
1970. Un décret de 1949 a transformé
le laboratoire de l'École des Ponts et Chaussées
(cf. supra)
en service autonome : le Laboratoire central des
Ponts et Chaussées. Il comporte cent cinquante
personnes en 1952, deux cent soixante en 1959 et
quatre cents en 1966. En 1968 il est doté
de locaux supplémentaires plus vastes que
les anciens. Il est progressivement complété
par seize Laboratoires régionaux et deux
Centres d'Étude et de Construction de Prototypes.
En 1975 il reçoit un très grand terrain
dans la région nantaise sur lequel se trouvent
maintenant de très grands équipements
pour les expérimentations routières
et où travaillent plus de deux cents personnes.
Depuis 1989 une partie de ce laboratoire constitue
une unité mixte avec le Centre national de
la Recherche scientifique. En 1998 il devient un
établissement public scientifique et technique.
Le dispositif est complété, en 1973,
par sept Centres d'Études techniques de l'Équipement.
En 1975 un décret explicite que l'École
nationale des Ponts et Chaussées concourt
à la recherche. En 1994 deux corps de chercheurs
de l'Équipement sont créés.
10.1.3 - Autres innovations
techniques de cette période
Depuis 1960 ces organismes
de recherche emploient largement des ordinateurs.
Le premier de ces appareils électroniques
est construit en 1944 par une équipe de l'Université
de Harvard (États Unis d'Amérique)
avec des diodes à vide, invention de 1903
due à Sir John Ambrose Fleeming (1894 - 1945),
et des triodes créées en 1906 par
Lee De Forest (1873 - 1961). En 1958 les ordinateurs
sont construits avec des transistors, dispositifs
à semi-conducteurs imaginés en 1947
par John Bardeen (1908 - 1991), Walter Houser Brattain
(1902 - 1987) et William Bradford Schrockley
(1910 - 1989). Actuellement un seul composant, qui
coûte deux euros, peut contenir dix millions
de transistors. L'ordinateur permet des calculs
qui n'étaient pratiquement pas possibles
antérieurement, par exemple ceux nécessités
pour l'étude, par la méthode des éléments
finis, des comportements mécaniques de structures
: couches de chaussées, ouvrages d'art...
ou encore le contrôle de processus en temps
réel comme la gestion du trafic routier et
l'information des conducteurs de véhicules.
L'ordinateur a maintenant sa place dans de nombreux
véhicules pour le contrôle du fonctionnement
du moteur, l'établissement de liaisons radio,
l'aide à la navigation sur le réseau
routier...
Les organismes de recherche
publics et privés des domaines du bâtiment
et des travaux publics coûtent deux pour mille
de la valeur ajoutée de ces secteurs (les
dépenses nationales de recherche et de développement
représentent vingt-quatre pour mille du produit
intérieur brut). Ils permettent que quinze
pour cent des brevets mondiaux de ces domaines soient
d'origine française. Ils font bénéficier
les transports par la route d'innovations introduites
pour résoudre des problèmes fort différents.
C'est le cas, par exemple, des radiotransmissions.
Celles-ci sont nées
avec le téléphone à la fin
du XIX ème s. (cf. supra ). En 1914, à Bruxelles, des concerts
sont radiodiffusés dans des lieux publics.
Pendant la Première Guerre mondiale ce type
de liaison sert à la transmission d'informations
militaires. En 1920 apparaissent aux États
Unis d'Amérique les premières stations
d'émission pour des auditeurs disposant de
radiorécepteurs. En 1925 est conclue, à
Washington, une première convention internationale
pour la répartition des fréquences.
En 1930 sont construits des récepteurs à
tubes à vide pour le public. En 1940 il en
existe cinquante millions aux États Unis,
quinze millions au Royaume Uni et cinq millions
en France. Dès les années 50 les transistors
permettent de construire des récepteurs légers,
peu coûteux et portatifs, leur emploi se généralise
y compris hors des pays industrialisés. Ensuite
ce sont des émetteurs de faible puissance
qui bénéficient de cette technique.
Ils sont présents dans les véhicules
: citizen band, téléphones
portables. L'usage de ces appareils est si répandu
que de nombreux tunnels routiers sont équipés
de câbles rayonnants pour éviter l'interruption
des liaisons.
L'invention de l'iconoscope
électronique par Vladimir Kosma Zworykin
(1889 - 1982) en 1931 permet la saisie d'images
pour leur transmission par radio : télévision.
La première émission publique est
reçue, la même année, à
l'École supérieure d'Électricité
à Malakoff. En 1939 il existe vingt mille
récepteurs en Grande Bretagne. Les satellites
artificiels de la Terre (le premier est Spoutnik
I en 1957 et le premier à être dédié
aux radiocommunications est Score en 1958) et les
fibres optiques permettent des liaisons à
grand débit et à longues distances
(transatlantiques par satellite artificiel entre
Pleumeur-Bodou en France et Andover aux États
Unis depuis 1962). Les satellites artificiels permettent
aussi le repérage précis d'une position
(Global Positioning System), des relevés
météorologiques et photographiques
sur l'ensemble du globe. Les échanges réguliers
d'observations météorologiques avaient
été organisés en 1855 par Urbain
Le Verrier (1811 - 1877). Les méthodes de
prévision élaborées depuis
le début du XX ème s. ont été
utilisées après la Première
Guerre mondiale pour l'aviation. Elles utilisent
des ordinateurs puissants depuis 1950 et des satellites
artificiels depuis le lancement de Turos I en 1960.
Ces prévisions servent à l'information
des usagers de la route et à la gestion des
traitements qui permettent d'assurer la viabilité
hivernale des routes. Les photographies de la surface
terrestre prises depuis des satellites sont précieuses
pour les cartographies. Même si la résolution
est inférieure à la largeur d'une
route celle-ci est aisément visible dans
les zones de culture : elle apparaît comme
une ligne de discontinuité entre les limites
de champs (qui ne sont pas les mêmes de part
et d'autre).
Une loi de 1982 autorise le
libre choix du mode de transport et, en 1989, le
contingentement des licences de transporteur est
supprimé. La puissance et la fiabilité
des moteurs et des pneumatiques permettent un transport
rapide de lourdes charges (il est nécessaire
de rétablir la limitation de charge par essieu).
Les transports par camions se développent.
Ces véhicules se spécialisent : citerne,
à benne basculante, réfrigéré,
à toupie pour le béton frais, grue,
transporteur de voitures, porte conteneur... Ainsi
en 1971 la moitié du trafic des marchandises
est effectué par la route. Ceci entraîne
la disparition de nombreuses voies ferrées
d'intérêt local ou secondaires (dix-sept
mille kilomètres de lignes fermés
en 1970) alors que s'effectuent des progrès
sur les lignes principales : exploitation de la
ligne Les Aubrais-Vierzon autorisée à
deux cents kilomètres par heure en 1967.
Malgré le renchérissement du coût
des carburants (l'Organisation des Pays exportateurs
de Pétrole organise en 1970 une augmentation
des prix du brut), l'existence de voies routières
rapides rend la maison de campagne accessible à
une plus importante fraction de la population, d'où
des encombrements d'automobiles en fins de semaines.
La technique des couches de
roulement des chaussées évolue pendant
cette période. Si en 1946 il y a cinq cent
cinquante usines à gaz de ville, il n'y en
a plus qu'une en 1968 (à Belfort). En effet
les villes sont progressivement alimentées
par des gazoducs interconnectés, à
partir de cokeries puis avec du gaz naturel essentiellement
importé. Le goudron des cokeries sert surtout
à la fabrication d'électrodes en carbone.
Il n'y a donc plus de goudron pour les chaussées,
il est remplacé par des bitumes. Herman Staudinger
(1881 - 1965) comprend en 1926 la structure macromoléculaire
de certains corps naturels (comme la cellulose)
et réalise des synthèses de nouveaux
polymères. Le premier à être
industrialisé publiquement est le nylon®
en 1939. Leur nombre est maintenant considérable
et leur emploi généralisé.
Depuis les années 80 certains sont employés
comme liants routiers. En 1950 le Transportation
and Road Research Laboratory britannique, pour
lutter contre le manque d'adhérence sur les
pistes d'aérodrome mouillées, développe
un béton bitumineux poreux obtenu avec un
spectre granulométrique convenable des agrégats.
En 1967 il l'applique à des routes. Cette
technique est utilisée en France depuis une
dizaine d'années. Pour les chaussées
en béton de ciment est mis au point un procédé
pour y insérer des armatures : un réseau
de barres d'acier est déroulé continûment
avant la mise en place du béton frais.
Pour le pont de l'île
de Ré (1988) est utilisé du béton
à hautes performances (la floculation des
grains de ciment est évitée par adsorption
de corps organiques et le spectre granulométrique
est étendu par ajout de poudres très
fines). De tels bétons ont été
utilisés pour d'autres ouvrages d'art, en
particulier pour les pylônes du pont de Normandie
(portée de la travée centrale huit
cent cinquante-six mètres, 1995). Du fait
de la durée de vie de ces ouvrages le parc
de ponts routiers (dont le nombre est de l'ordre
de deux cent trente mille) est hétérogène.
Les récents sont majoritairement en béton
précontraint (quarante pour cent en surface
de tablier). Les autres ponts en béton représentent
près du tiers et les ponts en maçonnerie
qui ont résisté à toutes les
épreuves constituent encore plus du dixième
de la surface. Les ouvrages géotechniques
bénéficient, depuis le début
des années quatre-vingt de renforcements
des sols par des inclusions : d'armatures en acier
liées à des écailles en béton
armé ("terre armée"), de géotextiles,
de fils de polymères (Texsol®), de coulis
de ciment (jet grouting), etc... Les tunnels,
les tranchées couvertes et les garages souterrains
constituent un type d'ouvrage d'art qui se développe.
Les tunnels routiers sont à grandes sections.
Ils sont creusés, quand cela est possible,
par des tunneliers. À leur passage dans des
roches dures la fissuration de celles-ci est évitée
en les maintenant en compression avec des boulons
(tiges métalliques ancrées ou scellées
avec un mortier de ciment ou une résine).
Ces tunnels exigent des équipements particuliers
: éclairage, paralumes aux entrées
et sorties, signalisation spécifique, téléphones
pour les appels de secours et, s'ils sont longs,
ventilation pour l'évacuation des gaz toxiques
et des fumées émis par les véhicules.
10.1.4 - Questions actuelles
Le développement des
routes suscite des récriminations d'autant
plus vives que croissent les exigences sociales
d'absence de risque et de découverte d'un
coupable en cas de dol. Les protestations portent
notamment sur l'encombrement des villes, le bruit,
la pollution de l'air (par des oxydes d'azote, des
composés du plomb, du monoxyde de carbone
et autres produits carbonés) et des eaux
de ruissellement, l'occupation des sols, les modifications
du paysage (par les ponts, les routes et leurs annexes,
les carrières), les nuisances créées
par les chantiers, la consommation du pétrole
et les accidents. Les accidents de la route sont
plus diffus que ceux dus aux autres moyens de transport
sauf s'ils sont concentrés en de grands carambolages
ou sur quelques jours. Les pertes ont culminé
en France en 1972 (seize mille morts). Les mesures
prises les diminuent progressivement (de la moitié
en 1997) malgré l'augmentation du trafic.
Les moyens de réaction des pouvoirs publics
sont fort divers. En 1980 le droit pénal
est modifié pour les cas de mise en danger
de la vie d'autrui. En 1985 l'Organisme national
de Sécurité routière créé
en 1960 est réuni avec l'Institut de Recherche
des Transports en un Institut national de Recherche
sur les Transports et leur Sécurité.
Depuis 1970 les contrôles techniques obligatoires
des véhicules se complètent. Des limitations
de vitesse fonctions du type de voie et de la météorologie
sont édictées. L'alcoolémie
des conducteurs est contrôlée. L'accès
de certaines voies est interdit aux automobiles
: "rues piétonnes", journées "sans
voitures"... Des unités de police spécialisées
sont créées pour le contrôle
du respect des réglementations. Des mesures
techniques concernent d'une part les véhicules
(ceintures de sécurité, sacs d'air,
structure de l'habitacle étudiée pour
son comportement en cas de choc...) et, d'autre
part, les routes : glissières de sécurité
métalliques ou en béton, éclairage,
signalisation (horizontale, verticale, à
messages variables), création de carrefours
à sens giratoire ; la transmission d'informations
par radio ; installation de téléphones
pour l'appel des secours ; surveillance par télévision
; construction d'aires de repos... La lutte contre
d'autres nuisances induit aussi des décisions
dans des domaines variés : création,
en 1971, d'un ministère de l'Environnement,
loi de 1976 sur la protection de la nature qui impose
une "étude d'impact" dans les projets d'infrastructure...
La réglementation sur l'exploitation des
carrières est profondément modifiée.
Les émissions de produits nocifs par les
moteurs sont réglementées à
la fois lors de la mise en service et périodiquement.
Pour diminuer les nuisances sonores les efforts
portent à la fois sur les véhicules
et sur les infrastructures. Pour ces dernières
des écrans de protection (murs ou merlons)
sont construits. Des chaussées sont couvertes.
Pour les couches de roulement l'emploi de bétons
poreux est efficace aussi de ce point de vue, en
même temps qu'ils améliorent la sécurité
par une diminution des projections d'eau (d'où
un gain de visibilité) en plus du gain d'adhérence
par temps pluvieux. D'une façon générale
la réglementation et la normalisation, malgré
leurs incidences sur les coûts, se développent
fortement. La normalisation est une vieille affaire
en matière routière : dans les villes
romaines la protection des piétons à
l'égard des véhicules était
obtenue par des trottoirs très élevés,
ceci entraînait la pose de pierres pour permettre
la traversée de la voie sans y descendre,
en conséquence l'écartement des roues
était, de fait, normalisé. De nos
jours la réglementation et la normalisation
touchent à des domaines les plus divers :
matériaux, procédés, méthodes
de calcul ou de contrôle, matériels,
symboles pour la signalisation, tarifications, conditions
d'exercice... D'abord d'origine ministérielle
elles sont de plus en plus le fait de l'Association
française de Normalisation (créée
en 1926 et reconnue d'utilité publique en
1943), de l'International Standards Organization (créée en 1947) et du Comité
européen de Normalisation (créé
en 1957).
Durant cette période
les chemins de fer français innovent aussi
: augmentation de la charge maximale par essieu,
diminution des coûts, transport simultané
des voitures et des personnes depuis 1957 et, surtout,
construction d'un réseau à grande
vitesse. En effet la principale innovation du Shinkansen
sur la ligne Tokaido (Tokyo-Osaka, 1969) n'est pas
la vitesse commerciale (deux-cent-vingt kilomètres
par heure, cf. supra) mais la construction
d'une ligne réservée aux trains à
grande vitesse. Du fait de leur grande énergie
cinétique ils peuvent, sans perte de temps
importante, tolérer des pentes presque égales
à celles des autoroutes ; ceci évite
de confiner leurs voies dans les vallées
et, donc, d'aller plus droit. En 1981 une partie
de la ligne nouvelle Paris-Lyon est exploitée
avec une vitesse commerciale de deux cent soixante-dix
kilomètres par heure. La voie, complétée
en 1983, permet d'effectuer le trajet en deux heures.
En 1989, 1990 et 1993 sont ouvertes respectivement
les lignes Paris-Le Mans, Paris-Tours et Paris-Lille
exploitées à trois cents kilomètres
par heure. Une ligne Lyon-Marseille est en construction.
Ainsi avec le second réseau routier, celui
des autoroutes dont l'édification s'achève,
il est prévu de construire en un demi siècle
un second réseau ferroviaire. Ce nouveau
moyen de transport adapté aux voyages de
deux cents kilomètres au moins s'exporte
hors de France : Madrid-Séville (1992). Pour
la liaison entre la Grande Bretagne et le continent
c'est un tunnel (concédé et sans garantie
des États) qui évite les obstacles
à la navigation qui est choisi. Un débit
équivalent à celui d'une autoroute
est obtenu en chargeant les véhicules sur
des trains spéciaux. Ainsi la ventilation
n'est pas nécessaire. Construit de 1988 à
1994 il permet aux trains à grande vitesse
(au gabarit britannique) d'aller à Londres.
Le réseau routier français
est maintenant de près de un million de kilomètres
dont sept mille cinq cents d'autoroutes. Les dépenses
d'entretien représentent la moitié
de celles qui sont consacrées aux ouvrages
neufs. Ce réseau est parcouru par plus de
vingt-cinq millions de voitures et cinq millions
de camions, autocars et autobus qui parcourent treize
mille kilomètres par an en moyenne. Les routes
assurent aux neuf dixièmes la circulation
des personnes et deux tiers des transports de marchandises.
C'est ainsi que quatre-vingt-dix-huit pour cent
des vingt millions de tonnes de ciment produits
en France partent des usines par la route ; dix-huit
pour mille par voie d'eau et le reste par fer. Les
fleuves et les canaux sont peu utilisés,
même s'ils sont, depuis 1970, employés
par des touristes. Malgré les distances courtes
les vols intérieurs assurent plus de un pour
cent des transports (en France il y a soixante et
un aéroports desservis par des vols réguliers).
Les oléoducs et gazoducs écoulent
plus de dix pour cent du trafic de marchandises.
Ainsi le chemin de fer effectue un cinquième
des transports de marchandises et un peu moins d'un
dixième des voyages de personnes.
Cette prédominance de
la route a de nombreuses conséquences. L'existence
et les coûts de liaisons routières
influent sur les choix d'implantations d'entreprises
et sur leurs tailles (elles peuvent être éloignées
des lieux de consommation). Du fait de leur qualité
et de leur disponibilité les stocks peuvent
être réduits ("flux tendus"). Les transports
routiers prédominants imposent leurs prix
aux autres modes. Une grève de camionneurs
ou des barrages routiers ont des répercussions
notables. La proximité d'une route très
circulée intervient dans la formation du
prix d'un terrain : elle le diminue pour l'habitat
et peut l'augmenter pour un commerce. Des magasins
adaptés à l'usage généralisé
de la route sont apparus : "supermarchés"
à la périphérie des villes,
"stations-service" où sont vendus bien d'autres
objets que ceux destinés aux véhicules.
Même les malfaiteurs utilisent la route comme
lieu d'exercice. La construction et l'entretien
du réseau routier sont mécanisés
et, en partie, automatisés ; de ce fait les
travaux publics (les entreprises spécialisées
emploient environ deux cent cinquante mille personnes,
effectif en décroissance) ne constituent
plus un moyen pour réduire le nombre des
chômeurs (trois millions, près du tiers
des jeunes cinq ans après leur sortie du
système éducatif sans aucun diplôme)15.
Certaines entreprises de construction routière
françaises sont devenues multinationales.
Un tiers des activités est effectué
à l'étranger. Ceci représente
près de quatre pour cent des exportations
nationales et place la France au premier rang des
exportateurs du secteur.
10.2 Aux États Unis d'Amérique
Les États Unis d'Amérique,
dont l'économie s'est considérablement
développée pendant la Seconde Guerre
mondiale, constituent la plus grande puissance et
leur population est en croissance continue à
un rythme supérieur à celui de la moyenne
mondiale. Malgré les dépenses entraînées
par l'aide à l'étranger, entre autres
le plan, de 1947, de George Catlett Marshall (1880
- 1959), la "guerre froide" (1946 - 1989), l'armement,
dont un gigantesque arsenal nucléaire, les
guerres de Corée (1950 - 1953), du Viêt-nam
(1964 - 1975) et d'Irak (1990 - 1991), le gouvernement
fédéral et les États font construire
un réseau routier de six millions de kilomètres
et soixante-dix mille kilomètres d'autoroutes.
Sur ces routes circulent cent trente-quatre millions
de voitures (le tiers du parc mondial) et soixante-seize
millions d'autobus et de camions, dont des convois
hexapentadécapodes (cinquante-six pneumatiques
porteurs) à trois remorques. Ce réseau
comporte des ponts remarquables dont les ponts successifs
de l'autoroute de cent cinquante kilomètres
qui conduit à Key West et les ponts suspendus
de Mackinac (onze cent soixante mètres de portée,
1957), Verrazano (à l'entrée du port
de New York, portée treize cents mètres,
1964). Des villes sont conçues en fonction
de la circulation automobile, c'est ainsi que soixante
pour cent de la superficie de Los Angeles est employée
pour les transports. Le réseau routier, malgré
un large emploi de conteneurs depuis 1954, a entraîné
la disparition de la moitié du réseau
ferré (il subsiste deux cent vingt mille kilomètres
de lignes). Ce développement s'est effectué
en coexistence avec des concurrents puissants
Dans ce pays très étendu
les transports aériens ont pris un essor considérable
dès avant la Seconde Guerre mondiale. Pendant
celle-ci ils ont joué un rôle important.
C'est aux États Unis que se sont développées
la propulsion par réaction, initiée
en 1939 par Ernest Heinkel (1888 - 1958) et la construction
de trains d'atterrissage permettant de s'affranchir,
pour les appareils lourds, des contraintes des hydravions.
Depuis 1970 sont exploités des avions (Boeing
747) pesant trois cent soixante tonnes au décollage,
pouvant transporter quatre cent cinquante passagers
ou soixante-sept tonnes de fret sur douze mille kilomètres
à près de mille kilomètres par
heure. Il y a actuellement dans ce pays huit cent
cinquante aéroports desservis par des vols
réguliers. Ces moyens de transport, la production
d'électricité et le chauffage consomment
plus de sept cent millions de tonnes de produits pétroliers
et près de six cent milliards de mètres
cubes de gaz naturel par an. Ils sont en grande partie
écoulés dans un million de kilomètres
d'oléoducs et plus de cinq cent mille kilomètres
de gazoducs dont certains ont plus de un mètre
cinquante de diamètre.
L'importance et la constance
du déficit du commerce extérieur, le
montant des intérêts de la dette (quinze
pour cent du budget fédéral) font que
les routes et les ponts souffrent d'un manque d'entretien.
10.3 - Au Japon
Après avoir annexé
la Corée (1905), occupé la Mandchourie
(1933), une partie de la Chine, le Tonkin (1940),
la Cochinchine et Hong Kong (1941), les Philippines
et Java (1942)..., le Japon a capitulé en 1945.
L'Armée cesse son contrôle du pouvoir
politique (1912 - 1945). Depuis les dépenses
militaires sont faibles : un pour cent du produit
national brut ; les croissances financière
et industrielle considérables. Sept millions
de voitures sont produites par an et, malgré
d'importantes exportations, le parc est de quarante-trois
millions de voitures et vingt millions de poids lourds.
Près de deux et demi pour cent du produit national
brut (dix-huit pour cent du budget de l'État)
sont consacrés aux travaux publics, les résultats
sont un réseau ferroviaire de vingt-quatre
mille kilomètres (dont trois mille pour les
trains à grande vitesse) et huit cent mille
kilomètres de bonnes routes ainsi que des ponts
exceptionnels comme ceux sur des détroits :
tel celui qui joint Akashi à Kaikyo (suspendu
de près de deux mille mètres de portée,
1998). Les entreprises japonaises de travaux publics
sont actives à l'étranger et placent
ce pays au second rang mondial des exportateurs du
secteur.
10.4 - En Allemagne
Après la défaite
nazie (1945) le territoire est réduit à
trois cent cinquante mille kilomètres carrés
et occupé par les Alliés. Les pertes
humaines, morts et invalides ainsi que les personnes
déplacées se comptent par millions.
Les réparations dues aux vainqueurs gênent
le relèvement des ruines. La "guerre froide"
et le plan Marshall conduisent au blocus de Berlin.
C'est alors que les aviations militaires yankee, britannique
et française assurent son ravitaillement, y
compris en charbon, par voie aérienne. Près
de trois cent mille vols permettent le transport de
deux millions de tonnes de marchandises. Il est alors
prouvé (à quel prix ?) qu'il est possible
d'alimenter deux millions de personnes par un "pont
aérien". En 1949 est créée dans
les zones occidentales une fédération
de Länder : la République fédérale
allemande. Avec l'aide des États Unis la reconstruction
est achevée en 1950 et l'essor économique
est rapide. En 1962 est mise en service l'autoroute
Lübeck-Bâle. En 1964 il est procédé
au doublement, par un nouvel itinéraire, de
celle de Francfort-sur-le-Main à Munich. En
1969 près de quatre mille kilomètres
sont en service.
Dans la zone d'occupation soviétique
est créée la Deutsche demokratische
Republik (1949 - 1989). Il existe ainsi deux États
allemands et la plupart des routes et autoroutes qui
les joignaient sont coupées. Les transports
sont réorganisés dans les nouvelles
limites territoriales. Les réparations, fournies
jusqu'en 1954, sont plus importantes qu'à l'ouest,
la reconstruction plus lente. Le réseau routier
comporte soixante-douze mille kilomètres de
voies communales, vingt-sept mille kilomètres
de routes principales et mille huit cents kilomètres
d'autoroute. Mais le réseau ferroviaire (quatorze
mille kilomètres de lignes) assure cinquante-cinq
pour cent du trafic et les gazoducs six pour cent.
En 1989 avec la perestroïka (restructuration),
l'appui de l'Union soviétique cesse et, en
1990, l'Allemagne est unifiée dans la République
fédérale allemande. Les continuités
routières et autoroutières avec les Länder de l'Est sont rétablies.
En Allemagne les transports par
voie d'eau (quatre mille cinq cents kilomètres
navigables et l'Europa-Kanal Rhin-Danube date
de 1992), aériens (quarante aéroports
desservis par des vols réguliers), par oléoducs
et ferroviaires (près de quatre-vingt-dix mille
kilomètres de lignes, avec , depuis 1991, un
train à grande vitesse) sont importants. Pourtant
le réseau routier comporte près de sept
cent mille kilomètres de routes et onze mille
kilomètres d'autoroutes sans péage.
Il est parcouru par quarante millions de voitures
et deux millions et demi de camions et autobus. La
construction des autoroutes se poursuit au rythme
de deux cents kilomètres par an. L'objectif
est que pour toute commune l'accès à
ce réseau par camion ne soit pas à plus
de trente minutes. Les dépenses liées
à la réunification, au chômage
(dix pour cent de la population qui pourrait être
active) et les préoccupations écologiques
(auxquelles il est accordé beaucoup d'importance
dans ce pays) ralentissent les travaux. Ce pays est
le troisième exportateur de travaux publics.
10.5 - En Russie
La Russie a connu un grand essor
industriel avant la Première Guerre mondiale.
Elle s'est retirée de celle-ci lors de la Révolution
de 1917 mais a subi des interventions étrangères
dévastatrices jusqu'en 1922. Après le
relèvement de l'agriculture, a débuté,
en 1929, un développement industriel intense
planifié centralement et... bureaucratiquement.
Celui-ci a permis de repousser l'attaque nazie (1941)
jusqu'à Berlin (1945) au prix de pertes humaines
considérables (de l'ordre de vingt millions
de morts) et de la dévastation d'une large
part de la partie européenne. La reconstruction
et la "guerre froide" ont conduit à la constitution
d'un complexe militaro-industriel puissant. La perestroïka (1985 - 1991) aboutit à la disparition de l'Union
des Républiques socialistes soviétiques
(1922 -1991). La Fédération de Russie,
actuellement dans un état de désorganisation
généralisée, est le plus étendu
de tous les États avec des conditions climatiques
qui rendent difficiles l'établissement et l'entretien
de routes. Ceci explique l'importance accordée
par l'Union soviétique aux transports aériens
(construction de l'Antonov 22 pouvant transporter
cent soixante tonnes et pesant six cents tonnes au
décollage) ; fluviaux (y compris pour les voyageurs,
mais en dehors des périodes de gel) ; ferroviaires
(cent cinquante mille kilomètres dont le "Baïkal-Amour
Magistral" de plus de quatre mille kilomètres,
construit de 1974 à 1985 et qui double au nord
le Transsibérien) et par oléoducs et
gazoducs. Pour les dix millions de voitures et les
quatre cent mille poids lourds il n'y a donc, sur
ce très vaste territoire, que sept cent cinquante
mille kilomètres de routes qui ont été
entretenues. Même dans la partie européenne,
qui est la plus densément peuplée, le
réseau routier est à très grandes
mailles.
10.6 - En Chine
Après la guerre avec le
Japon, la guerre civile se termine, en 1949, par la
proclamation de la République populaire de
Chine, l'État le plus peuplé (un homme
sur quatre est Chinois). Il est doté de cent
dix mille kilomètres de voies navigables et
vingt mille kilomètres de chemins de fer. Les
techniques traditionnelles : jonques, sampans, charrois
et portages assurent l'essentiel des transports. Jusqu'en
1960 la priorité est donnée aux chemins
de fer et à des routes stratégiques
vers le Tibet et le Xin-jiang. Il y a maintenant soixante-dix
mille kilomètres de voies ferrées dont
cinq mille électrifiés. Il existe plus
de cent aéroports desservis par des vols réguliers.
Les cinq millions de camions et autobus et les trois
millions et demi de voitures circulent sur un million
de kilomètres de routes construites avec des
liants. Sur les très puissants fleuves sont
construits des ponts exceptionnels comme celui à
haubans de Shanghai sur le Yang-Tsé Kiang (travée
centrale de plus de six cents mètres de portée,
1994) ou le pont suspendu de Jiangyn (près
de quatorze cents mètres, 1998).
10.7 - En d'autres lieux
Il serait trop long d'être
exhaustif, aussi ne sont donnés que quelques
exemples pour illustrer les diversités des
motivations et des situations qui existent malgré
le développement considérable des échanges
techniques internationaux et les efforts d'organismes
comme l'Union européenne ou la Banque internationale
pour la Reconstruction & le Développement
conçue à la conférence de Bretton
Woods (1944) et fondée en 1945.
Le Royaume Uni est appauvri par
les guerres mondiales et la perte de son empire colonial :
le British Commonwealth of Nations (créé
en 1931) perd son qualificatif de britannique en 1949.
En 1945 le gouvernement travailliste nationalise les
chemins de fer et les transports routiers. Le pays
bénéficie du plan Marshall et se dote
d'un armement nucléaire. En 1951 le gouvernement
conservateur privatise les transports routiers. Pendant
que Madame Margaret Thatcher (née en 1925)
est Premier ministre (1979 - 1990), malgré
les ressources apportées par le pétrole
exploité en mer du Nord, les chemins de fer
sont privatisés et les crédits routiers
sont fortement réduits. Le parc automobile
est important : plus de vingt millions de voitures
et près de trois millions de poids lourds.
Le réseau routier est dense : près de
quatre cent mille kilomètres de routes (qui,
pour des raisons historiques, sont souvent étroites
et sans accotement) et trois mille kilomètres
d'autoroutes. Il comporte des ponts remarquables comme
celui à suspentes obliques de quatorze cents
mètres construit sur la Humber par le bureau
Freeman, Fox & Partners. Les entreprises britanniques
de travaux publics occupent le quatrième rang
mondial à l'exportation.
Progressivement les réseaux
routiers enjambent des détroits comme, par
exemple, en République turque et au Royaume
de Danemark. En 1973 est construit à Istanbul
un premier pont sur le Bosphore, c'est un ouvrage
suspendu de plus de mille mètres. Depuis 1997
un pont suspendu de seize cents mètres sur
le Grand Belt va de la grande île de Sjaelland
à l'île de Fyn précédemment
reliée au continent par des ponts ferroviaire
et routier lancés sur le Petit Belt.
Les besoins mondiaux en énergie
sont couverts à vingt-six pour cent par le
pétrole et à dix-sept pour cent par
le gaz naturel. L'accès aux gisements nécessite
souvent des routes, en voici quelques exemples.
Au Sahara, pendant la guerre
d'indépendance de l'Algérie (1954 -
1962), la prospection commencée en 1952 conduit
à la production de gaz (depuis 1954) et d'huile
(à partir de 1957) par des gisements éloignés
des côtes. Si l'enlèvement s'effectue
par gazoducs et oléoducs, des routes en béton
bitumineux sont construites dans le désert
jusqu'aux puits. Les produits pétroliers constituent
quatre-vingt-seize pour cent des exportations algériennes.
Les hydrocarbures assurent les
trois quarts des revenus du Sultanat d'Oman où
il n'y a aucun chemin de fer. Depuis 1973, outre un
oléoduc et un gazoduc, ont été
construits cinq mille kilomètres de chaussées
en béton bitumineux où circulent deux
cent mille voitures et cent mille camions et autobus.
D'autres ressources minières
sont exploitées par des chemins de fer construits
à cet effet, par exemple en Australie, en Mauritanie
et au Brésil.
L'Australie16 est le deuxième exportateur mondial de charbon.
Il y est, comme le minerai de fer, exploité
à ciel ouvert avec des roues-pelles.
En effet, malgré la progression
de l'utilisation de ferrailles (pour un tiers de la
production d'acier en France) les besoins en minerais
de fer croissent. En République islamique de
Mauritanie17 le minerai de F'Derick est transporté, depuis
1963, au port de Nouakchott par la seule ligne de
chemin de fer du pays construite par la Société
des Mines de Fer de Mauritanie (nationalisée
en 1974).
Un minerai de fer aussi riche
est activement exploité et évacué
par chemin de fer dans l'État de Minas Gerais
de la République fédérale du
Brésil18.
Dans ce pays les routes, outre leurs fonctions habituelles,
jouent un rôle politique à noter. De
1956 à 1960, pour stimuler le développement
et l'exploitation de l'intérieur, une nouvelle
capitale fédérale, Brasilia, est créée ex nihilo ; elle est liée au sud, à
l'est et au nord par de bonnes routes qui constituent
de nouveaux lieux de peuplement. Depuis 1960 des routes
(dont la Transamazonienne entreprise en 1973) sont
construites en Amazonie pour permettre la déforestation
et les exploitations minière et agricole de
ces terres.
L'État du Koweït19 fournit aussi un exemple de route construite pour
un motif politique. Face aux menaces de l'Iran et
de l'Irak sur l'île de Bubiyan, l'État
veut y assurer une présence militaire permanente.
Pour la relier au continent un pont de plus de deux
kilomètres est construit rapidement en 1982
et 1983 avec des âmes de voussoirs en treillis
de béton, des joints secs et de la précontrainte
entièrement extérieure au béton.
Un autre exemple de motivation
politique pour la construction de routes est fourni
par la Yougoslavie20.
Après 1948 la République populaire accueille
de jeunes volontaires pour leur montrer les vertus
de l'autogestion. Avant les guerres qui ont suivi
l'éclatement de la fédération
et les "purifications ethniques" le réseau
des routes construites avec des liants était
de soixante-quinze mille kilomètres contre
neuf mille en 1962.
L'État d'Israël21,
original à plus d'un titre, construit certaines
routes pour installer des colonies de Juifs dans les
territoires qu'il occupe depuis 1967 et considérés
comme palestiniens en 1947. Sur cette petite superficie
il existe sept aéroports desservis par des
vols réguliers, six cents kilomètres
de chemins de fer et quinze mille kilomètres
de bonnes routes parcourues par plus d'un million
de voitures et deux cent cinquante mille camions et
autobus.
Des routes construites pour des
raisons politiques existent aussi au Royaume du Népal22.
La République populaire de Chine construit,
en 1960, la route qui mène de Katmandou au
Tibet. Bien que le relief et le climat rendent les
infrastructures coûteuses et qu'il n'existe
que cinq mille voitures et trois mille quatre cents
camions, trois mille cinq cents kilomètres
de bonnes routes sont construits pour favoriser le
développement du tourisme.