Accueil du site > Sources d’information > hist_routes > Les premiers réseaux routiers
L’utilité des routes devient évidente pour les pouvoirs centraux qui, lorsqu’ils sont puissants, développent de véritables réseaux routiers. C’est ainsi que la Crète dispose d’un petit réseau routier au II ème millénaire av. notre ère et qu’en 20 av. notre ère Marcus Vispanius Agrippa (63 - 12 av. notre ère) est nommé grand maître des voies romaines. En Gaule romaine la plus ancienne est la Via Domitia datant de 118 av. notre ère en Narbonnaise. Les provinces gauloises sont ensuite desservies par un réseau de voies militaires, impériales publiques, des collectivités régionales et privées sur des domaines. Ce réseau est dense : en dehors des zones de montagne et de marais, les côtés des mailles sont de l’ordre de cent kilomètres. Au I er s. Lutèce, qui a de cinq à dix mille habitants, est déjà un noeud routier : au nord un pont mène aux routes de Senlis, de Rouen et de Melun, au sud partent les voies de Dreux et Chartres et le cardo mène vers Orléans. Le réseau routier romain est constamment surveillé et entretenu. Ses voies sont construites et munies de fossés, de postes de douane ou de péage, jalonnées du premier des équipements de la route : les bornes milliaires. Pour les franchissements des cours d’eau sont construits des ponts de bateaux ou en pierres. Ces pierres forment des voûtes (parfois de trente deux mètres de portée), elles sont levées avec des engins à poulie, moufles et treuil et sont scellées à la chaux (déjà utilisée à Delphes et Olympie au VIe siècle av. notre ère) obtenue par cuisson de calcaire. Au IIIe siècle av. notre ère de la "terre" de Santorin (cendre volcanique) a permis la réalisation d’un mortier hydraulique étanche pour une citerne de Camiros à Rhodes et au I er s. av. notre ère la chaux est additionnée de pouzzolane (cendre volante du Vésuve embarquée à Pouzzoles) ou de terre cuite pilée pour former un mortier hydraulique. Les chaussées nécessitent parfois, pour diminuer les pentes, de creuser des tranchées, technique qui avait été élaborée pour les aqueducs. Un autre type d’ouvrage d’art créé pour l’alimentation en eau est utilisé pour les routes : les tunnels. Le creusement des tunnels est hérité de la technique minière. Au VIIIe siècle av. notre ère en Arménie (nord de l’Iran actuel) un tunnel est creusé entre des puits espacés de trente à quarante mètres pour amener l’eau d’une nappe aquifère à une rigole. Au VI ème s. av. notre ère Eupalinos fait creuser un tunnel de mille cent mètres de long dans le calcaire pour amener de l’eau à Samos. En 37 un tunnel de neuf-cents mètres permet le passage de la route romaine entre Pouzzoles et le réseau déjà existant.
Ces routes romaines sont utilisées par des voitures à deux roues tirées par des chevaux non ferrés et munis d’attelages qui leur cravatent la gorge. Le réseau comporte environ quatre-vingt-dix mille kilomètres de grandes routes et deux cent mille kilomètres de voies secondaires. Les premières dégradations par le gel sont observées dans le nord de l’Empire. Ce réseau suscite aussi une réglementation : par exemple Dioclétien (245 - 313) limite la charge des charrettes. Ce réseau est aussi à l’origine du développement de relais, auberges, villes étapes et, même, de cartes routières comme en témoigne une copie du XIIIe siècle d’une carte des itinéraires romains (III ème s. - IVe siècle) : Table possédée par Konrad Peutinger (1465 - 1547) où les villes importantes sont figurées par des dessins de monuments et les routes par des lignes portant indication des distances. Comme de nos jours, les ressources de l’État ne suffisent pas pour la construction de grandes routes : c’est ainsi que naissent, à Rome, les premières sociétés de capitaux.