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5 - La Renaissance des routes
Après les ravages de la guerre de Cent Ans (1337 - 1453), la constitution, au XV ème s., de monarchies puissantes en Europe occidentale permet d’une part des expéditions océaniques pour atteindre l’or du Niger et les épices des Indes sans l’intermédiaire des marchands d’Alexandrie ou du Levant et, d’autre part, une réorganisation des routes et grands chemins terrestres. Ainsi en 1477 Louis XI (1423 - 1483) structure les divers services de dépêches : du roi, de l’université, du Bureau de la Ville de Paris, des corps de métiers et fait établir progressivement, pour ses chevaucheurs, des relais de poste sur la part du royaume de France qu’il contrôle : Anjou, Poitou, Guyenne, Normandie, Picardie, Bourgogne. En 1483 ces relais sont au nombre de deux cent trente-quatre. Très vite des maîtres de poste offrent leurs chevaux et l’hébergement à d’autres voyageurs. Si les canaux retiennent l’attention, la canalisation de la Vilaine est effectuée de 1540 à 1585, le réseau routier progresse ; au début du XVI ème s. il couvre en plus l’Artois, la Champagne, l’Orléanais, le Berry, le Bourbonnais, l’Auvergne, le Rouergue, le Dauphiné, le Languedoc et la Provence. Ainsi de 1531 à 1534 François I er (1494 - 1547) accompagné de la reine et du dauphin peut aller de Fontainebleau à Lyon et Toulouse. Le monarque n’est pas l’unique utilisateur : des coches et des chariots circulent aussi. En 1552 des lettres patentes de Henri II (1519 - 1559) ordonnent des plantations d’alignement pour fournir le bois d’orme des affûts d’artillerie. Au XVI ème s. des mathématiciens et des astronomes, surtout allemands ou flamands, cherchent à représenter la Terre : Gerhard Mercator (1512 - 1594), Ortelius (1527 - 1598)... En 1552 aussi, Charles Estienne (1504 - 1564) édite le premier guide routier français : "la Guide des chemins de France" qui décrit deux cent quatre-vingt-trois itinéraires dont une petite partie (Paris-Orléans) est pavée. En 1599 est créé l’office de grand voyer de France qui est confié à Maximilien de Béthune, duc de Sully (1560 - 1641). Il ordonne l’édification ou l’achèvement de nouveaux ponts dont le Pont-Neuf de Paris (1576 - 1606). Il organise des inspections annuelles des chaussées, des ouvrages d’art, des réparations et du bon emploi des péages et des financements royaux (entre 1605 et 1610 ceux-ci sont le double de ceux consacrés aux fortifications).
De l’assassinat de Henri IV (1553 - 1610)2 au remplacement, en 1661, de Nicolas Fouquet (1615 - 1680) par Jean-Baptiste Colbert (1619 - 1683) l’état des finances royales ne permet pas l’entretien des routes. On peut mentionner à cette époque d’une part un texte de 1624 qui fixe la longueur des essieux des chariots et des charrettes pour permettre leur croisement sur les routes étroites sans dégrader les accotements et, d’autre part, l’invention, en 1631, par Pierre Vernier (1580 - 1637) du dispositif de mesures linéaires et circulaires qui porte son nom. Pour développer le commerce le nouveau contrôleur général des Finances de Louis XIV (1638 - 1715) veut de bonnes voies de communication dont le canal du Midi construit de 1665 à 1684 qui comporte un petit tunnel (à Malpas) et le premier pont canal (pour franchir le Répudre). Jusqu’à sa mort au travail Colbert subventionne la remise en état des chaussées, leur pavage ou empierrement, la construction ou la reconstruction de ponts ; particulièrement dans les pays récemment conquis : dans le Nord, l’Est, la Franche-Comté, la Bresse et le Roussillon ; mais il n’entreprend pas de tracés neufs. Il organise les inspections, limite la charge maximale sur certaines routes et s’oppose souvent à la création de péages ainsi qu’au recours à la corvée : un arrêt de 1683 la limite à douze jours de travail par an. Il commande une cartographie du royaume, elle est présentée en 1682 par Philippe de La Hire (1660 - 1718) à Louis XIV.
L’entretien est maintenu durant la fin du règne et quelques tracés nouveaux ouverts dans les États du Languedoc, en particulier pour la lutte contre les protestants après la révocation (1685) de l’édit de Nantes. En 1675 Jean Picard (1620 - 1682) invente le niveau à lunette. Sébastien Le Prestre de Vauban (1663 - 1707) crée, en 1687, le corps des ingénieurs du roi chargés de dresser des cartes à des fins militaires ; ce corps deviendra, au XVIII ème s., celui des Ingénieurs géographes.
En Grande Bretagne, pratiquement devenue uniquement insulaire, la recherche de voies maritimes est privilégiée. Des chartes sont accordées pour des ponts dont certains sont toujours à péage depuis cette époque.
Dans l’espace allemand politiquement divisé il existe une multitude de barrières douanières et les routes y sont, en général, médiocres. Toutefois une route est à signaler : celle du col de l’Arlberg (près de dix-huit cents mètres d’altitude) construite en 1414. Après les destructions de la guerre de Trente Ans (la population de l’Empire décroît de vingt millions en 1620 à sept en 1650) la reconstitution des forces est lente : il faut attendre 1790 pour que la population atteigne vingt-huit millions et les ressources manquent pour une renaissance des routes. Une innovation est à noter. La poudre explosive est connue et utilisée en Chine pour des feux d’artifice depuis 85 et dans des canons depuis 1259. Elle est connue en Europe occidentale vers 1320. En 1527 elle est utilisée pour l’abattage dans des mines de Chemnitz. Ce procédé est ensuite employé pour des terrassements et l’exploitation de carrières.
En dehors de l’Europe occidentale on peut signaler qu’en Chine les débuts de la dynastie sino-mandchoue des Qing (1644 - 1911) voient la reconstitution de l’unité de l’Empire et son expansion avec un réseau de communications terrestres organisé.
Au Japon à l’époque post féodale (1568 - 1839) les shogoun réunifient le pays ; cinq grandes routes qui rayonnent de Edo (actuellement Tokyo) desservent Honshu et un réseau de routes secondaires existe dans cette île ainsi que dans celles de Kyushu et Shikoku.
Dans l’Empire ottoman on peut noter la construction, de 1539 à 1566, du pont Stari Most sur la Neretva à Mostar par Mi’mar Sinan (1489 - 1588). Pont détruit volontairement en 1993.
Outre-mer les premiers comptoirs portugais, espagnols, hollandais, français ou anglais comportent des forts et des ports alimentés de l’intérieur des terres en marchandises par des sentiers ou des pistes. La colonisation, née avec la découverte de l’Amérique, faute de routes, est tributaire des moyens de transport maritimes et fluviaux. Ainsi au XVI ème s. les transports d’or, d’argent et de mercure à travers l’isthme de Panama sont effectués par portage à dos de mulet. Au Brésil, découvert en 1500 par des navigateurs portugais de retour d’Afrique, les bois de la forêt tropicale sont évacués par flottage et du XVI ème s. au XVIII ème s. le sucre des plantations de cannes, établies depuis 1530, est charrié par des bœufs ainsi que les peaux, les produits tinctoriaux, le tabac, le cacao et des plantes médicinales.